Congrès de l’APLAES

Dijon, 30 mai 2008

 

 Intervention d'Hélène Solnica pour l'APL

 

Bonjour,

 

Romain Vignest, président de l’APL, ne peut être présent aujourd’hui, absorbé qu’il est par l’imminence du baccalauréat – et par la préparation d’un colloque où il évoquera, justement, l’inspiration horatienne de Victor Hugo. Il vous prie d’excuser son absence… et me charge de vous transmettre le message de notre association.

 

L’APL, ce n’est pas nouveau, est vivement préoccupée par la situation de l’enseignement des Langues Anciennes. Nous souhaitons aborder ce thème à la lumière des réformes mûries en ce moment par le Ministère, réformes touchant les programmes de français en primaire (déjà connues du grand public), au collège (un peu moins diffusées), et au lycée.

 

Fait marquant, la grammaire de phrase est remise à l’honneur ; elle est, dans le projet de programme pour les collèges, l’objet de « leçons » et n’entretient plus que des liens assez souples avec la séquence didactique – elle-même dépouillée de tout caractère contraignant. Dans la même optique, la notion de patrimoine littéraire est revalorisée, dans des textes qui excluent la « littérature » de jeunesse de production industrielle, et font la part belle aux auteurs classiques d’expression française.

Ces grands traits nous semblent devoir réjouir les défenseurs des langues anciennes, ils sont de bon augure pour au moins trois raisons :

 

1) L’ignorance de la grammaire de phrase créait, en Langues Anciennes, de très lourdes difficultés pédagogiques qui pouvaient aboutir au dégoût pour les élèves. Comment comprendre ce qu’est un Datif quand on ignore le Complément d’attribution, qu’on le confond avec le Complément d’objet ? Plus grave, comment espérer traduire, comment savoir par où commencer, quand, en Français, même en fin de collège, la notion de verbe n’est pas acquise ?   Nous voulons donc espérer que les programmes, s’ils sont correctement mis en œuvre, permettront de pallier ces problèmes.

 

2) Dans la même ligne de pensée, l’importance retrouvée de la grammaire devrait permettre de cheviller solidement l’étude de la langue française à celle des langues anciennes : si la maîtrise de la grammaire devient nécessaire, les élèves ne verront plus une perte de temps et d’énergie dans l’étude du latin et du grec. Bien au contraire, on pourra mettre en évidence la synergie que cette étude conjointe permettra de produire, d’autant plus que le professeur de langues Anciennes ne sera plus amené à se retrancher, en désespoir de cause et pour sauver son option, dans l’étude quasi exclusive de la « civilisation » : le plaisir du texte et de la gymnastique de traduction pourraient alors rejaillir…

 

3) Enfin, il est évident que la valeur dont est à nouveau créditée la notion de « patrimoine » littéraire légitime encore davantage, s’il était besoin, l’étude des Langues Anciennes. Il est inutile – mais pourtant tellement plaisant… - d’accumuler les exemples pour montrer à quel point les grands écrivains français sont redevables à Athènes et à Rome : de Ronsard à Racine, de Molière à Hugo et à Camus et Anouilh, tous retournèrent aux sources latines et grecques puiser leur inspiration, leurs questions, la forme de leurs œuvres. Virgile, Horace, Suétone, Ménandre, Euripide, Eschyle parlent encore à nos élèves par leur intermédiaire, et plus directement que ces derniers ne peuvent s’en douter.  Il faut espérer qu’à la faveur des réformes en cours et futures, les jeunes ne soient plus en position de l’ignorer. 

 

 

Cependant, pour le présent, la situation n’inspire pas la sérénité. La chute des effectifs en Langues Anciennes au sortir de la Troisième, lors du passage au Lycée,  est massive. Nous l’attribuons principalement à la concurrence imbécile des options de détermination, et militons pour la mise en place de la solution suivante à la faveur de la réforme des programmes de Seconde :

-         au lieu de deux, qu’une seule option soit obligatoire, soit technologique, soit, pour ainsi dire, de « culture générale » à choisir entre une troisième langue vivante, une langue ancienne, ou un enseignement artistique.

-         une option facultative à choisir parmi les mêmes.

Il en résultera mécaniquement une remontée des effectifs qui permettra qu’une Langue Ancienne soit rendue obligatoire et inscrite au tronc commun des séries littéraires.

Nous demandons le soutien de l’APLAES pour défendre cette proposition auprès du Ministère.

 

Pour ce qui concerne les CPGE, la réforme en cours de l’Hypokhâgne, qui devait entre autres rendre obligatoire la pratique d’une langue ancienne, pâtit d’attaques syndicales, de frictions au sujet des dotations horaires, lesquelles sont relayées par certains proviseurs pour mettre les disciplines en concurrence entre elles. On savait que la réforme se heurterait à ce type d’obstacles, et l’espoir que l’Inspection se mobiliserait pour en soutenir pleinement l’application a été déçu.

Dès lors, les Khâgneux qui choisissent l’option Lettres Modernes pour Lyon se font rares, et avec eux les optionnaires de Langues Anciennes. En effet, l’attrait des écoles de commerce les conduit à préférer les spécialités Langues Vivantes et Histoire Géographie.   Il faudrait que ces écoles se convainquent de l’intérêt d’avoir des étudiants ayant étudié les langues anciennes, et qu’elles y incitent les hypokhâgneux.

Il nous revient de faire valoir ensemble la valeur formatrice de l’étude des Langues anciennes, qui confère aux esprits rigueur dans le raisonnement et souci d’exactitude dans l’expression d’une pensée, qui leur permet d’acquérir une large palette de vocabulaire et de structures langagières, donc une réelle éloquence – dont manquent souvent les élèves des prépas commerciales, ce dont les jurys se plaignent avec régularité. Ce ne sont pas là des qualités à négliger, il nous appartient collectivement de ne pas le laisser oublier.

 

 

Enfin, un mot touchant l’université, et singulièrement la formation des professeurs : nous sommes inquiets de la pérennité et de la nature de la formation aux concours. En effet, dans la mesure où l’année du Master II se confond avec celle du concours, comment un étudiant en Master de recherche peut-il s’entraîner aussi aux épreuves du CAPES et de l’agrégation ? Il faudrait, pour bien faire, que le cursus intègre la formation aux concours de l’enseignement, ce qui n’a rien d’évident.  

 

 

Je vous remercie.