Compte-rendu de l’audience accordée le 27 juin 2007 par le Ministère de l’Education Nationale, à la suite de la demande du 28 mai 2007.

 

note remise par l'APL à la fin de l'audience

 

Étaient présentes ou représentées les associations suivantes :

 

Apfla-prepa (Association des Professeurs de français de Langues Anciennes de Classes Préparatoires, qui était représentée par l’APL)

APL (Association des Professeurs de Lettres) : Romain VIGNEST

APLAES (Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur) : Michèle FRUYT

APPLS (Association des Professeurs de lettres et de Première Supérieure) : Annie RIZK

Association Guillaume Budé : Jacques JOUANNA de l'Institut

CNARELA (Coordination nationale des associations régionales des enseignants de langues anciennes) : Marie-Hélène MENAUT

SEL (Sauvegarde des enseignements littéraires) : Sabine JARRETY

Sauver les lettres : Agnès JOSTE

 

Elles ont été reçues par M. Mark SHERRINGHAM, conseiller du ministre chargé des affaires pédagogiques, assisté de M. Rolland JOUVE, conseiller du ministre chargé des affaires sociales. L’entretien a duré une heure.

 

En préliminaire, M.-H. Menaut (CNARELA), s’exprimant au nom de toutes les associations présentes, souligne leur communauté de vues et énumère ces points de convergence :

1. Nos associations promeuvent le Français, langue et littérature ; ces deux aspects doivent être intimement liés à tous les niveaux des enseignements primaire et secondaire.

2. Elles rappellent leur attachement à la définition du professeur de Lettres Classiques, professeur de français, de latin et de grec ; il ne saurait en aucun cas être cantonné au seul enseignement du latin et du grec, comme la tendance en a été dessinée à la rentrée 2006.

3. Elles soulignent que la rénovation profonde de l’enseignement des langues anciennes en fait des matières non pas « élitistes », mais au contraire volontairement accessibles au plus grand nombre.

 

 

Tour de table : présentation des associations. :

L’APL souligne son objectif : la promotion de l’humanisme du primaire à l’université.

L’APLAES met en valeur le lien entre secondaire et supérieur en ce qui concerne les concours de recrutement , CAPES et Agrégation de lettres classiques et de grammaire.

L’APPLS ne néglige pas la promotion des langues anciennes au sein des classes préparatoires littéraires..

La CNARELA  réunit 5000 professeurs de Lettres Classiques du collège à l’Université ; 547 000 élèves étudient le latin et/ou le grec, ce qui en fait la seconde langue étudiée après l’anglais. La modernité et l’activité de la pédagogie des langues anciennes est mise en avant ; M.-H. Menaut signale à ce sujet le site Musagora hébergé par le Ministère, ainsi que le programme européen CIRCE.

La SEL , association fondée par J. de Romilly, promeut les enseignements littéraires.

Sauver les lettres défend un enseignement du français et des lettres offert à tous les élèves dans une perspective émancipatrice.

 

 

 

Discussion : nous suivons l’ordre annoncé dans la lettre de demande d’audience.

 

1) École primaire : horaires et contenus du cours de français. A. Joste (SLL) et S. Jarrety (SEL) présentent d’abord les problèmes de l’école primaire. Elles mettent en avant le déficit en heures d’enseignement de français ( – 800 au total sur trente ans ) à l’école primaire et au collège, ce qui équivaut à une perte de deux années scolaires. Le lycéen de seconde actuel entre au lycée en ayant reçu un nombre d’heures de français égal à la fin de 5ème il y a trente ans. Elles réclament donc que les horaires nationaux antérieurs soient rétablis à l’école primaire et au collège et que les contenus soient plus exigeants.

 

M. Sherringham fait remarquer que le Socle commun à la rentrée va dans le sens de l’amélioration .

SLL rétorque que le dernier B0 (N° 5 du 12 avril 2007) continue au contraire à faire baisser les contenus : le conditionnel et le subjonctif viennent d’être exclus des programmes de l’école primaire.

M. Sherringham répond que ce bulletin officiel a en effet « été fait trop vite », et que tout le monde en convient.

 

R. Vignest (APL) demande que la littérature ne soit plus exclue de l’École primaire et a fortiori du collège (où elle l’est de fait sinon de droit), car elle concourt à l’apprentissage du français et donne du contenu à la réflexion. Les articles de journaux ne doivent pas servir de support. La lecture des textes du patrimoine doit constituer la culture humaniste mentionnée dans le socle commun. Il souligne que le retard pris dans les apprentissages grammaticaux et dans l’approche des textes littéraires accroît les difficultés des élèves et les empêche de se familiariser avec la langue. Sabine Jarrety (SEL) insiste en montrant l’importance du recours à la grammaire de phrase et la nocivité, à ce niveau, de la grammaire de texte ; elle met en avant la préférence de la SEL pour l’étude de la littérature, au détriment de la lecture d’images, de BD, de littérature dite de jeunesse. A. Joste (SLL) insiste sur la pauvreté de beaucoup d’« itinéraires de découverte », en faisant remarquer que ces horaires pourraient être consacrés à des apprentissages conséquents de la langue.

 

Sabine Jarrety (SEL) s’inquiète du travail des commissions qui se sont penchées sur la réforme des programmes en grammaire, et sur leur cohérence. M. Sherrignham répond que seule la commission Brunel travaille actuellement ; les autres commissions ont rendu leurs conclusions, qui ont été prises en considération. 

 

 

2) Le collège : place du latin à déterminer dans le socle commun en 5ème à côté de la LV2, découverte professionnelle en 3ème

 

La CNARELA affirme que le latin et le grec ne sont pas l’apanage d’une élite sociale et que les langues anciennes sont particulièrement propices à l’apprentissage du vocabulaire par la pratique de l’étymologie et à la maîtrise de la langue par la démarche de la traduction.

Elle déplore que les options de latin et de grec soient en concurrence avec des options non disciplinaires comme la découverte professionnelle en 3ème, ou encore avec les classes bilangues ou les classes européennes. Elle souligne également l’étroitesse des DHG, qui contraignent les chefs d’établissement à limiter l’accès aux options en limitant les effectifs.

 

M. Sherringham annonce que la « découverte professionnelle » ne sera pas obligatoire en 3ème ; la Commission Brunel rendra ses conclusions sur les programmes de collège à la fin de l’année 2007. Le Ministère est particulièrement attentif aux ZEP.

 

La CNARELA le confirme : dans l’Académie de Créteil, le Recteur s’est dit favorable au « latin-grec » thérapeutique. Encore faut-il que les moyens en soient donnés.

 

Romain Vignest insiste sur la connexité des langues anciennes et du français et sur la nécessité de la manifester à nouveau en chevillant les programmes et les cours de latin, de grec et de français ; il souligne aussi l’apport des langues anciennes pour les langues vivantes, l’histoire, la philosophie, les enseignements artistiques. Tout collège doit donc offrir ces disciplines. Il insiste également sur la formation humaniste qui manque au français : le côté techniciste des programmes ignore le sens des textes, et les élèves n’apprécient plus le français. La matière ainsi enseignée les rebute, et la faiblesse de l’enseignement grammatical les démunit. L’étude des langues anciennes est au contraire une assise culturelle solide et un palliatif des lacunes linguistiques des élèves.

 

M. Sherringham annonce la nécessité d’une carte des formations en langue ancienne, compte tenu des économies à accomplir.

Les associations soulignent que les élèves ruraux ne pourront se déplacer de 30 km pour étudier telle ou telle option et que de telles économies vont à l’encontre de tout esprit démocratique.

 

3) Le lycée

a) Les programmes

M. Sherringham aborde la réforme des programmes en LA et demande si nous en sommes satisfaits.

La CNARELA répond que la consultation a été très suivie par les professeurs de LA qui ont donné leur avis et formulé des suggestions. Le coefficient 3 de ces options au baccalauréat est positif.

 

b) L’organisation

Romain Vignest signale la concurrence entre les enseignements dits « de détermination » en classe de Seconde, année de la plus grande déperdition des effectifs de langues anciennes : il faudrait à tout le moins que la pertinence de ces enseignements et de ce système soit évaluée.

 

c) La série L

Les associations déplorent son naufrage, alors que depuis 2003 elles réclamaient la revalorisation de cette filière. R. Vignest (APL) insiste sur l’importance de donner dès le collège une culture littéraire, si l’on souhaite avoir de bons lycéens, en particulier en série L. Les associations insistent toutes sur le lien de cause à effet entre la pauvreté de l’enseignement du français au collège et la désaffection de la série L. M. Sherringham se dit ouvert à toutes propositions pour réhabiliter cette série aujourd’hui dévastée

Les associations expriment une grande défiance vis à vis des dominantes prévues dans le Rapport 2006 de l’Inspection générale sur la série L et soulignent que la série L, comme le baccalauréat, doit  rester généraliste. Elles demandent que la série L soit alignée sur la réforme de l’HK non déterminante et que soit incluse dans le tronc commun un cours de Langues et Cultures de l’Antiquité.

 

M. Sherringham annonce que les réflexions sur la filière L ne peuvent s’entendre sans une réflexion sur les autres séries, pour lesquelles il va falloir songer à une refonte : la série S, devenue généraliste, ne fournit plus de bons scientifiques ; la série ES vient en seconde position ; la série L est résiduelle.

 

Les associations demandent, devant l’esprit d’ouverture annoncé du gouvernement, à être partie prenante dans l’élaboration de ces réformes.

 

4) Les classes préparatoires

Annie Rizk, soutenue par l’Afpla-prépa , évoque la réforme de l’HK non déterminante, en soulignant l’esprit de diversification des débouchés des Classes préparatoires littéraires. Elle insiste sur la nécessaire constitution d’une Banque d’Épreuves Communes au français à la suite de la philosophie, de la langue vivante. R. Vignest et J.Jouanna, demandent que le dispositif soit cependant simplifié et que les étudiants aient à choisir, dès la rentrée, entre la seconde langue ancienne, une seconde langue vivante et une discipline artistique.

 

 

5) L’Université et les concours

Les associations déclarent être opposées à la bivalence, la percevant comme un appauvrissement des compétences des professeurs au nom de l’économie. Michèle Fruyt dénonce la diminution des postes en 2005, reconduite en 2006 aux CAPES de Lettres classiques, aux agrégations de Lettres classiques et de Grammaire, dans des proportions supérieures aux diminutions de postes dans les autres disciplines : 40% en moins pour le CAPES de lettres classiques, 37,5% pour l’Agrégation de Grammaire, 33% pour l’Agrégation de Lettres classiques contre 24 % pour l’Agrégation de lettres modernes et le CAPES de Lettres modernes. Cette diminution est d’autant plus paradoxale que, sur le terrain, certaines académies manquent de professeurs de Lettres classiques : les détachements dans l’enseignement supérieur (afin d’occuper un poste d’allocataire ou d’ATER), ou les postes de TZR dans l’enseignement secondaire (afin d’être détachable dans le supérieur) sont refusés aux jeunes agrégés par les recteurs, qui invoquent la pénurie d’enseignants de Lettres classiques (récemment dans les académies de Versailles et de Lille, par exemple).

 

Il y a un besoin important de professeurs de lettres Classiques ; or, nous voyons remplacer les professeurs de Lettres classiques par des professeurs de Lettres modernes, qui n’ont pas étudié le grec, et qui ne sont pas tous formés à l’enseignement du latin, loin de là. Une gestion perverse des moyens semble s’instaurer dans certaines académies, limitant les professeurs de Lettres classiques à l’enseignement du latin et/ou du grec et les répartissant sur deux ou trois établissements sans leur confier un enseignement de français. La suppression des postes est ainsi moins visible. Les associations s’élèvent contre cette pratique gestionnaire contraire à la spécificité des Lettres classiques d’enseigner trois matières complémentaires, contraire à une bonne implantation des langues anciennes dans les établissements, et à l’enseignement du grec. Au lieu de rester une richesse, la trivalence des Lettres Classiques est utilisée par le ministère pour un dépeçage comptable de la qualification. Quant aux effectifs d’élèves de langues anciennes – M. Sherringham a indiqué qu’on ne peut maintenir de « petits effectifs » -, ils se trouvent diminués artificiellement par de telles mesures, et toute enquête sérieuse s’en trouve faussée.

 

Jacques Jouanna insiste vigoureusement contre la « gestion comptable » des classes de langues anciennes, puis pose la question des postes de professeurs de latin et de grec dits « en surnombre » à l’université.

 

M. Sherringham note la question et la transmettra au Ministre des Universités.

 

L’entretien s’achève sur l’invitation de M. Sherringham à lui faire parvenir nos remarques sur des points précis par mail. Le dialogue semble ouvert.

 

En quittant les lieux, nous rencontrons Xavier Darcos sur le palier qui nous salue d’un « Allez, les Lettres classiques ! »… Νous prenons bonne note.