MOTION

sur l'enseignement de la grammaire

(Comité du 21 mai 2011)

 

          L'Association des Professeurs de Lettres rappelle que l'enseignement de la grammaire de la langue maternelle est un enseignement fondamental, notamment au collège. En effet, l'acquisition et la maîtrise, relative au niveau de la scolarité, de la grammaire sont indispensables pour plusieurs raisons :

- elles permettent, concurremment avec l'acquisition du vocabulaire, le développement des capacités cognitives ;

- elles sont la condition de l'écriture raisonnée d'un texte et de la compréhension fine d'un énoncé ;

- elles sont l'un des éléments essentiels de la connaissance raisonnée d'une langue vivante ou ancienne, notamment sous la forme des exercices de thèmes et de version

- elles constituent un puissant moyen de démocratisation de l'enseignement.

 

          L'Association des Professeurs de Lettres rappelle que, dans le cadre des finalités de l'école républicaine, les objectifs de l'enseignement et la pédagogie du collège marquent nécessairement une rupture importante avec les pratiques de l'école primaire, en raison des profondes évolutions affectives et cognitives qui accompagnent le développement normal d'un enfant. En conséquence, la continuité juridique et administrative instaurée par la scolarité obligatoire ne saurait masquer, ni conduire à oublier, que l'âge de l'entrée au collège se caractérise, notamment, par une croissance des structures neuronales qui permettent un développement considérables des capacités de réflexion, de catégorisation et d'abstraction, à condition que l'enfant ait la possibilité effective de mettre en pratique ses nouvelles capacités et de rendre « fonctionnelles » ces structures. Aussi appartient-il au collège de permettre aux élèves de développer ces capacités par le recours à une pratique fondée sur la réflexion et l'abstraction : cette nécessité est d'autant plus impérative que, pour les élèves qui n'ont pas l'occasion dans le cadre de leur vie quotidienne d'exercer leurs capacités, l'école est le seul endroit qui puisse leur permettre de les développer. L'Association des Professeurs de Lettres rappelle aussi qu'un tel enseignement suppose, non seulement la cohérence du modèle grammatical enseigné, des programmes et de la terminologie, mais suppose aussi la cohérence de la progression, aussi bien pour la leçon de grammaire que pour l'année en cours et les quatre années de collège. L'Association des Professeurs de Lettres rappelle enfin que l'enseignement de la grammaire ne peut jouer le rôle qui est le sien et ne se justifie réellement que si la pratique effective de son enseignement est fondée sur un appel constant à la réflexion et à l'analyse du sens, ce qui ne veut pas dire confondre le plan du sens et le plan de la grammaire.

 

          En conséquence, l'Association des Professeurs de Lettres, pour donner toute leur efficacité aux nouveaux programmes qu'elle a approuvés et dont elle soutient la mise en œuvre, demande :

– qu'il soit mis un terme au ridicule de la situation actuelle, où les enseignants ignorent le modèle de grammaire qu'ils doivent enseigner ;

- que la Terminologie officielle et les programmes soient harmonisés ;

– que l'enseignement de la grammaires des langues vivante ou anciennes soit harmonisé avec celui de la grammaire française ;

– que le modèle de grammaire retenu tienne compte de la double exigence que représentent la nécessité que ce modèle soit adapté au niveau des élèves concernés et la nécessité qu'il permette un enseignement raisonné qui conduise à une analyse fine du sens ;

– qu'il soit rappelé que son enseignement relève de la liberté pédagogique des enseignants, reconnu par les textes ministériels, notamment qu'il peut –et doit– constituer un enseignement organisé en une progression structurée, indépendamment de toute organisation en séquences, terme qui a disparu des programmes.