MOTION

sur le projet de programme de français

des classes de seconde générale et technologique

et de première de la voie générale

 

Le Comité de l’Association des Professeurs de Lettres a pris connaissance du projet de programme de français des classes de seconde générale et technologique et de première de la voie générale. Il se réjouit qu’on ait rompu avec les errements technicistes des programmes de 2000. Le développement conjoint d’une « conscience historique » et d’une « conscience esthétique » fondé sur « la lecture et l’étude des textes majeurs de notre patrimoine » et combinant « l’étude de l’histoire littéraire et l’analyse des grands genres littéraires », l’idée d’un enseignement qui « amène les élèves à dégager la signification des textes et des œuvres », à « percevoir l’originalité d’une œuvre » et à « apprécier » la littérature correspondent à l’approche humaniste que l’APL a toujours défendue et qu’elle n’a cessé d’opposer aux précédents programmes.

Toutefois, un certain nombre de dispositions contreviennent à ces principes.

Ainsi, le maintien de la notion d’« objet d’étude » et, surtout, de « séquences d’enseignement cohérentes, fondées sur une problématique » risque de restreindre et d’assujettir l’étude des œuvres à des perspectives plus ou moins pertinentes, voire de les instrumentaliser. L’APL demande donc que la notion de « séquence » soit, comme dans les programmes de Collège, remplacée par celle de « période ».

Par ailleurs, faute d’une progression chronologique, c’est une histoire littéraire en pièces détachées, dont les périodes ne s’articulent pas les unes aux autres, que présente ce projet. L’année de Seconde est consacrée au théâtre du XVIIe siècle, aux genres argumentatifs des XVII et XVIIIe siècles, à la poésie et au roman du XIXe siècle, alors que c’est en Première que, pour ces trois derniers « objets d’étude », les élèves aborderont, éventuellement, les siècles qui précédent ! L’APL demande que l’on aborde la poésie et les genres argumentatifs des XVI et XVIIe siècles en Seconde ; elle juge notamment indispensable que l’étude de la Pléiade et de l’humanisme, mouvements fondateurs de la modernité linguistique et littéraire en France, soit assurée et qu’elle ait lieu au commencement de la scolarité du lycéen ; elle remarque que les élèves ayant été confrontés, au Collège, à des textes du XVIe siècle, leur prétendue difficulté n’est pas une objection valable. Par ailleurs, l’APL demande que le théâtre du XVIIe siècle ne soit pas exclu de l’année de Première, que les Lumières (qui ne sont pas même nommées dans ce projet) soient étudiées en Première et demeurent l’excellente propédeutique qu’elles ont toujours été à l’année de philosophie, que l’approche intertextuelle ne soit pas réservée à la classe de Première L. Elle juge en outre nécessaire, comme c’est le cas dans les programmes du Collège, qu’un certain nombre d’auteurs soient cités à titre d’exemples.

Enfin, l’APL dénonce l’« objet d’étude » propre à la classe de Première littéraire, « Vers un espace culturel européen : Renaissance et humanisme », comme une contrevérité caractérisée au sujet d’une époque qui n’a pas moins que d’autres été déchirée par les guerres. Elle demande d’une part que les littératures d’expression française de la Méditerranée, d’Afrique noire et des Antilles soient abordées dans toutes les sections, d’autre part que les « objets d’étude » réservés à la Première L soient plus spécialisés (littérature épistolaire, autobiographie et mémorialistes, initiation à l’approche comparatiste).

Paris, le samedi 5 juin 2010