Présentation du rapport sur l'enseignement des lettres au Collège
par Henri Guinard

Après avoir fait sien, lors de l'Assemblée générale extraordinaire de novembre 2003, un rapport sur la série « L » des Lycées, l'A.P.L. a complété ce travail en deux temps ; mars 2005 : adoption de la première partie, consacrée au français, d'un rapport sur l'enseignement des lettres au Collège, et mai 2005 : adoption de la seconde partie, consacrée aux langues anciennes.

Elle doit l'une à Mireille Grange, membre du Bureau, l'autre à Jean Happel, professeur à Hoerdt, entourés tous deux par les membres du Bureau et du Comité de l'Association, de quelques adhérents sans mandat électif aussi.

L'état lamentable, voire révoltant des enseignements littéraires dans les collèges où l'âge des élèves décide de vocations et... d'aversions, où les responsabilités de nos « décideurs » éclatent avec une évidence aveuglante, rendait nécessaire un ton vif, l'analyse critique n'excluant pas, en l'occurrence, la dénonciation. Au contraire. Et si l'engagement personnel de nos deux collègues transparaît, il va de soi que dans cette guerre à mener sans répit contre la destruction de l'enseignement des lettres au Collège, tous les membres de l'APL se trouvent engagés de la même manière. Le présent rapport est le fruit d'une réflexion collective : que de discussions pour parvenir enfin à l'accord avant la publication du diptyque ! Notre Association s'honore d'avoir su mettre en harmonie les sensibilités qu'elle rassemble.

C'est qu'on n'en a pas fini de débattre de pédagogie et de didactique, surtout quand il s'agit des langues anciennes, fragilisées à l'extrême (le diagnostic quant au français paraît plus consensuel au sein de l'Association), et l'A.P.L., ennemie de tout dogmatisme, se doit de poser et de reposer les questions « qui fâchent » et de contribuer ainsi à l'expression des divergences qui écartèlent la discipline, afin d'élaborer, d'abord seule puis avec ses partenaires — projet ancien jusqu'à présent inabouti malgré ses efforts —, une doctrine qui ménage deux principes apparemment contradictoires : la nécessaire convergence des objectifs didactiques et la liberté pédagogique requise par la diversité des talents des professeurs et des situations auxquelles ces derniers sont confrontés. Soyons très clairs : dogme et pouvoir se nourrissant l'un de l'autre, les serviteurs irréductibles des modes ne s'intéressent qu'à eux-mêmes, au détriment de ceux qui méritent leur dévouement le plus sincère, nos jeunes adolescents, « surtout quand il s'agit des langues anciennes », lesquelles souffrent d'opérations de survie suicidaires, lancées par tout un clergé asservi à l'opinion, aux modes justement, et désireux de se préserver lui-même à tout prix, d'opérations relayées depuis une bonne vingtaine d'années par les adversaires institutionnels de l'enseignement de la grammaire française, de la littérature, des humanités. Cela ne veut pas dire qu'il faille en revenir à un siècle en arrière — modernisme aveugle et « passéisme » névrotique, l'esprit de système dans ses deux sens tueront « nos études » —, mais nous avons à rechercher ce qui du « passé », rejeté par les uns, redonnerait sens et vigueur à l'étude des langues anciennes au Collège, ce qui du présent et d'un avenir probable, ignoré par les autres — ils sont de moins en moins nombreux, le mal se déplaçant vers une sorte d'aboulie — réclame un grand effort d'imagination dans notre discipline. Bien entendu, le rapport sur l'enseignement des lettres au Collège se garde de mettre la charrue avant les bœufs : avant de proposer, il établit un constat clair et indispensable. Il nous revient de donner suite à ce constat pour examiner le plus lucidement possible les propositions.

L'on comprendra donc notre ton, raisonnablement et rationnellement, polémique : on nous en saura gré, je l'espère. Nous ne nous contentons pas pour autant de dénoncer et nous nous efforçons toujours — c'est notre raison d'être — de faire vivre la discussion, de nous occuper de prospective selon l'esprit du texte-manifeste « Cinq objectifs pour l'enseignement des lettres en France dans une perspective européenne », texte parrainé par sept personnalités scientifiques éminentes et que le lecteur trouvera dans le Bulletin de septembre-octobre 2005.

Il nous reste à préciser avec les Professeurs des Écoles et le plus tôt possible — mais l'affaire n'est guère aisée puisqu'elle déborde le champ d'activité de l'A.P.L. — la position des problèmes dans le Premier degré : par exemple, comment sérier les urgences ? Que peut-on faire afin d'offrir à tous les enfants de cette République les meilleurs chances d'accéder au baccalauréat puis à l'Université sans renoncer en quelque manière à l'éducation du langage, de l'esprit critique, des capacités d'abstraction et du goût ? Puisque évidemment La démocratisation de l'enseignement — « ligne » de l'A.P.L. — commence dans les écoles, la tâche — une gageure peut-être mais nous ne pouvons pas nous y dérober — n'incombe pas aux seuls partis politiques et syndicats.

Je me félicite en tout cas de ce que les deux rapports, série « L » et Collège, confèrent à l'A.P.L. un supplément d'autorité à l'avant-veille des débats qui ne manqueront pas de se rouvrir sur l'ensemble de notre système éducatif.