Molière pense-t-il ?
par Jean-Noël Laurenti

Une tradition qui a la vie dure fait de Molière un adversaire de ce qu’on appelle « préciosité » ou plutôt (pour employer le terme couramment en usage au XVIIe siècle et qui recouvre une réalité bien plus large) de la galanterie. Pendant longtemps, et malgré les pages si lumineuses et si clairvoyantes de Paul Bénichou, l’image d’un Molière « bourgeois », seul Molière de référence, est venue entrer en contradiction avec celle de Molière fournisseur des fêtes de cour, l’auteur de La Princesse d’Élide, des Amants magnifiques, de George Dandin et de ses intermèdes étant présumé sacrifier à contrecœur à un genre aussi apprêté qu’inconsistant. Une solution était de lui prêter une stratégie qui aurait consisté, tout en répondant aux commandes royales, à glisser dans les œuvres conçues pour la cour une critique du goût de la cour elle-même pour le genre galant, en le tournant en dérision ou du moins en le parodiant : stratégie qui eût été fort dangereuse pour lui car on peut difficilement imaginer que Louis XIV et la cour eussent été aveugles. En fait, un ouvrage récent de Claude Bourqui, Les Sources de Molière est venu confirmer ce que l’on pouvait soupçonner : la multiplicité des « points de contact » entre l’ensemble des pièces de Molière, y compris les « grandes comédies » conçues pour le public de la ville, et le monde romanesque de son époque, et donc l’imprégnation galante qui marque la création moliéresque.

Cet article figure dans le numéro 113 du bulletin, que vous pouvez commander en envoyant un chèque de 9 €, libellé à l’ordre de l’Association des professeurs de lettres, à

Evelyn Girard
Association des Professeurs de Lettres
16, rue Guillaume Tell
75017 Paris