Compte rendu de la rencontre du 10 avril 2012 avec Bruno JULLIARD, secrétaire national à l’éducation au Parti socialiste et adjoint de Vincent PEILLON dans l’équipe de campagne de François HOLLANDE.

 

Bruno Julliard, souffrant, avait dû annuler sa participation au débat du 11 février 2012. Était également présente Johanna Barasz, responsable du Pôle culture et éducation.

Romain Vignest représentait l’APL et Véronique Cirefice l’APFLA-CPL.

Sollicités d’abord sur des questions générales puis plus particulièrement sur notre discipline, français et langues anciennes, nos interlocuteurs nous ont apporté les réponses ici résumées sans que soit rendue la teneur exacte des échanges. L’entretien a duré une heure.

 

1)  Questions générales

 

Nos interlocuteurs rappellent que François Hollande, qui a placé l’éducation au cœur de son programme et considère la lutte contre les sorties sans qualification comme une priorité absolue, désapprouve absolument les suppressions de postes massives qui ont été effectuées et a prévu d’en créer 60 000 (enseignants et non-enseignants). Cependant, si ce sont là les aspects les plus médiatisés de son programme parce que les plus lisibles, son discours d’Orléans, le 9 février, ainsi que les différentes interventions de Vincent Peillon dans la presse, manifeste les divergences majeures qui l’opposent à la politique menée par l’actuel gouvernement.

Ainsi, François Hollande et le Parti socialiste voient dans le caractère national de notre système éducatif un point majeur. Le cadre républicain national des programmes comme du recrutement et de la gestion des carrières doit être renforcé. Il n’est pas question de porter atteinte au statut des enseignants, mais au contraire de le conforter en revenant sur le dispositif ÉCLAIR, qui permet aux chefs d’établissements de recruter eux-mêmes certains professeurs ; si jamais l’actuel gouvernement instaurait en force une évaluation des enseignants, de type libéral, par le seul chef d’établissement, cette mesure serait abrogée – il faudra néanmoins mener une réflexion sur la réforme de cette évaluation.

Le baccalauréat doit être conforté dans son statut de premier grade universitaire et dans son caractère d’examen national ; interrogé sur la question du CCF, Bruno Julliard a envisagé quelques aménagements à la marge pour allonger l’année scolaire dans le secondaire. Plus largement, la question des rythmes scolaires est de celles qui préoccupent le plus le Parti socialiste et son candidat (à l’école primaire par exemple, la semaine de quatre jours est un échec).

François Hollande veut, dans ce cadre statutaire national, accroître le « pouvoir d’agir des enseignants » donc les moyens d’action des équipes éducatives, et réformer le Conseil pédagogique et le Conseil d’administration pour que les politiques d’établissements, rigoureusement encadrées par les programmes et examens nationaux, ne soient plus soumises au pouvoir discrétionnaire des chefs d’établissement. Il ne s’agira toutefois pas de normaliser ni d’uniformiser les pratiques pédagogiques, mais de favoriser et faciliter la collaboration entre professeurs et les actions communes, comme l’organisation d’examens blancs. Une réflexion doit être menée sur le rôle du projet d’établissement, dont l’existence est apparemment intéressante aux yeux de nos interlocuteurs.

Bruno Julliard a insisté sur l’unité des exigences sur tout le territoire de la République, qui doit avoir pour pendant la diversité les parcours. Il reconnaît la nécessité d’une précocité dans l’exigence, dès l’école primaire dont la réforme, bien plus que celle du collège qui en est tributaire, est une priorité, et refuse qu’une culture au rabais soit administrée à certains milieux (chacun a droit a La Princesse de Clèves) ou dans certaines zones, tout en estimant qu’une certaine adaptation des moyens et des méthodes puisse être nécessaire.

À cet égard, la formation des enseignants devra être revue, notamment celle des enseignants du premier degré. Nos interlocuteurs estiment que, si tout n’était pas bon dans les IUFM, tout n’est pas à jeter dans les sciences de l’éducation, prenant l’exemple de la psychologie des adolescents. Reconnaissant cependant la nécessité d’une formation pratique auprès des professeurs en activité, ils envisagent l’institution d’un co-tutorat du professeur stagiaire entre universitaires et enseignants expérimentés.

Les programmes devront être élaborés de façon plus transparente et plus démocratique, même s’il appartient au ministre, représentant la légitimité républicaine, de décider en dernière instance. Le Parti socialiste et François Hollande n’ont toutefois pas encore mis au point les modalités de cette élaboration et s’interrogent par exemple sur l’éventuelle restauration d’un conseil national des programmes (nous faisons remarquer qu’il faut tout à la fois éviter l’écueil d’une technocratie éducative, comparable à l’ancien CNP, qui lierait les mains du ministre et celui d’une consultation si large qu’elle s’annulerait finalement dans la voix des IA-IPR). Il faut en tout état de cause éviter l’instrumentalisation des programmes et des disciplines ; l’histoire sera par conséquent réintroduite en Terminale S. Il faudra d’ailleurs amender la réforme du lycée (nous avons insisté sur le rôle charnière de la classe de seconde et les effets néfastes des « enseignements d’exploration » ; les propositions de l’APL ont été rappelées).

Il faut enfin poursuivre le processus de démocratisation des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles. Il est rigoureusement anormal que certains lycées n’aient aucun élève qui demande une CPGE. François Hollande souhaite que tous les lycées passent des conventions avec des CPGE pour que leurs 5% ou 6% d’élèves les meilleurs y aient des places réservées s’ils le souhaitent.

 

2)  L’enseignement des lettres

 

La maîtrise du français est une priorité absolue qui fait de lui une discipline à part. De cette maîtrise dépend l’ensemble de la scolarité des élèves et leur future intégration dans la nation. C’est pourquoi cette maîtrise doit être celle de la langue et de la littérature françaises ; l’histoire de France doit avec la langue et la littérature, reprendre toute sa place dans la culture commune qu’il s’agit de dispenser à tous les futurs citoyens français.

Toute l’attention sera mise sur l’école primaire où s’acquièrent les bases. Nos interlocuteurs semblent sensibles à notre insistance sur la nécessité de la mémorisation, tant celle des règles de grammaire et d’orthographe que celle des beaux textes, dont il faut s’imprégner dès l’école primaire. Ils approuvent, contre des errements récents (et parfois encore actuels) la nécessité d’une approche vive, charnelle des textes. Sensibles également à notre dénonciation des ravages de la séquence didactique, ils ont exprimé la volonté d’apaisement de François Hollande : si les aspects disciplinaires de sa future politique éducative n’ont pas encore été définis, c’est parce qu’il faudra prendre le temps de la discussion.

Nous avons défendu l’apprentissage solidaire et généralisé des langues anciennes – notamment du latin – et du français ; Bruno Julliard a jugé souhaitable que le même professeur enseigne les latinistes ou les hellénistes en français et en langues anciennes. Invitant nos interlocuteurs à penser les langues anciennes dans la perspective d’une vraie démocratisation de l’enseignement secondaire, nous avons souhaité que leur statut soit redéfini et qu’on ait le courage politique de rompre avec le statut d’option, notamment au collège et, au lycée, en série littéraire (obligatoires en CPGE, elles n’ont pas agi comme le repoussoir parfois annoncé) ; nous avons insisté sur l’organisation de la classe de seconde, où se produisent les principales déperditions d’effectifs et où beaucoup d’heures sont occupées à des enseignements et à des activités accessoires, que la réforme du lycée a renforcés.

C’est sur la question des langues anciennes que nos interlocuteurs étaient le moins préparés à nous répondre mais leur souci de la maîtrise de la langue et de la littérature françaises les a conduits à écouter nos raisons avec attention. Ils y reviendront de toute façon dans le cadre d’une réflexion plus large sur la place des disciplines les unes par rapport aux autres.

 

Nous avons laissé à Bruno Julliard nos propositions écrites :

Document ad hoc

« 1911-2011 : L’APL, le sens d’un combat »

Cinq objectifs pour l’enseignement des lettres en France (paru dans Le Monde du 4 septembre 2005)

Adresse de la Conférence des présidents d’associations de professeurs spécialistes