Le SNES veut « redonner un avenir au collège ».

 

 

    C'est en effet sous cette devise que, les 5 et 6 avril 2011, le syndicat enseignant réputé majoritaire a réuni au chevet du « maillon faible du système éducatif » un aréopage de vingt et une sommités. Décidé à ne pas lésiner sur les chapeaux pointus, le SNES avait en effet invité la fine fleur des docteurs et maîtres de conférences en sciences de l'éducation et en sociologie, sans oublier les professeurs en psychologie et chrono-psychologie, ni les grands cerveaux de la pédagogie institutionnelle dont  Philippe Meirieu était venu incarner l'archétype. Tout ce monde occupant dix-neuf des vingt-et-un sièges prévus, soit plus des six septièmes, il ne restait que deux chaises pour les praticiens de l'enseignement, ces rêveurs qui passent auprès des collégiens un temps précieux dérobé à la théorie. On imagine le trouble des organisateurs à la pensée que deux voix minoritaires puissent abaisser le débat au point d’aborder le fond du problème. La secrétaire générale de la FSU, également professeur des écoles, occupa donc l'avant-dernier siège, tandis que le dernier revenait au secrétaire général du CRAP, professeur d'histoire-géographie en charge des Cahiers pédagogiques. On ne pouvait rêver meilleurs contradicteurs.

    C'est donc à l'issue d'un colloque très convivial que les syndicats SNES, SNEP et SNUPDEN de la FSU ont signé les quatre pages d’un appel solennel à  redonner un avenir au collège.

 

    Il y est d'abord logiquement reproché aux responsables politiques de restreindre les moyens en pratiquant « des suppressions massives d'emplois ». « Les réformes et prescriptions autoritaires » du ministère font ensuite l’objet d’une indignation qui paraîtrait plus légitime si les protestataires n’avaient pas subi sans broncher, pendant plus de vingt ans, les mots d'ordre de la Loi Jospin. Suivent un certain nombre de déplorations désormais rituelles, sur « un système éducatif de plus en plus soumis aux lois de la performance et de la compétitivité » et « une société de moins en moins solidaire ». D'autres regrets, franchement tardifs portent sur « le décalage entre les exigences du socle et celles des programmes » ou « les nouvelles hiérarchies entres les disciplines, voire l'effacement de certaines ». Mais c’est la privation, pour les élèves, de « la richesse du vivre ensemble », qui paraît constituer le grief majeur des congressistes, comme s’il était établi que la finalité essentielle du collège était d'apprendre à « vivre ensemble », prestation que fournit la première colonie de vacances venue, et non pas d'apprendre tout court.

 

    Après ce noir bilan, viennent les propositions. « Des établissements de taille raisonnable » pratiquant « la mixité sociale » ? Rien à redire à cela. « La scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans » et « des savoirs exigeants et émancipateurs » ? Halte-là ! N’oublions pas, d’abord, que l’on peine à émanciper », dans les classes qu’ils perturbent, bien des élèves de 16 ans. Quant aux « savoirs exigeants et émancipateurs », est-il bien nécessaire, pour mieux les dispenser, de s'appuyer sur « la lutte contre la hiérarchie des disciplines en donnant toute leur place aux enseignements artistiques, la technologie et l'EPS », ou sur « des travaux interdisciplinaires qui aident à trouver du sens aux apprentissages » ? Ne serait-il pas plus urgent de prêcher l’autorité et la responsabilité des maîtres ainsi que l’effort et la concentration des élèves ? Car, après tout, l’école publique n’est pas qu'un vaste établissement spécialisé où l'on ne saurait instruire sans pratiquer à tout bout de champ le maternage et «l'interdisciplinarité contextualisante. »

    C’est pourtant ce que laisseraient facilement supposer les propositions suivantes : « amélioration des conditions d'accueil et de prise en charge en classe de sixième » car cette « transition peut être redoutable »,«réflexion sur les pratiques enseignantes et éducatives [...] en lien avec les sciences de l'éducation ».  

    Il est, en vérité, un terme dont l’absence, dans ce catalogue, résonne singulièrement, et c’est le mot contenu. De ce point de vue, le terme d'instruction n’est pas non plus en reste, si l’on en juge par le désir des rédacteurs de « lancer une concertation sur les possibilités de reconnaître et /ou d'intégrer dans les services des enseignants les tâches et missions de concertation  et  le  travail en équipe ». Pour quoi faire, au juste ? Pour s'aligner sur des slogans à la mode ou pour apprendre méthodiquement des contenus ? Peut-on à la fois se plaindre d'un manque de moyens et stériliser des heures entières consacrées à la concertation ? Ces questions essentielles ne sont apparemment pas du goût des auteurs de l’appel. C'est que l'urgence est plutôt, à leurs yeux dans la réunion « d'assises de l'éducation prioritaire » où s'exprimera le « refus de voir s'installer une école dérogatoire pour les plus défavorisés » – il s'agit du dispositif CLAIR – comme si la création des ZEP en 1982 n'avait pas conduit à une discrimination que le SNES semble ne redouter que lorsqu'elle émane d'un pouvoir de droite.

    Est-on fondé, enfin, regardant les rythmes scolaires comme trop contraignants pour les élèves, à en préconiser la réforme pour aboutir à « plus et mieux  d'école » ? On croit entendre ici la voix des « comités de pilotage » du ministère, grands fournisseurs de ces devises et refrains dont raffolent les médias et qui fluctuent au gré des modes, alors que la situation n'a jamais été aussi grave. Tout cela sonne creux et faux comme un habillage du vide.

 

    Combien de professeurs riches d'une expérience du terrain à plein temps, sont-ils invités à s’exprimer dans de pareils comités ? Et si tant d’élèves peinent en arrivant au collège pour la simple raison qu’ils ne maîtrisent pas toujours le calcul ni la lecture, est-ce vraiment parce qu’il n’y a pas assez de concertation pédagogique ? S’ils pâtissent, enfin, de n’avoir pas trouvé à l’école la compensation des déficits culturels liés à leur milieu social, est-ce au collège de se réformer le premier ?

La réponse semble évidente : on ne régule pas un fleuve au niveau de l’estuaire. Voilà en tout cas un beau sujet de colloque.