Le Troisième Homme, Carol Reed (GB, 1949/novembre 2024, Studio Canal), d’après le roman de Graham Greene.

Holly Martins, un Canadien, arrive dans la Vienne d’après-guerre, juste à temps pour assister à l’enterrement de son ami Harry Lime victime d’un accident. Petit à petit, au fil de révélations souvent contradictoires, Martins apprend que Lime était un trafiquant notoire. Il tombe amoureux de la fiancée de celui-ci. Il semble même que Lime serait vivant, Martins croyant l’avoir entraperçu…

Graham Green a participé au scénario, assez retors pour constituer un premier sujet d’intérêt, avec ses mystères et retournements. Mais l’essentiel est ailleurs, plus précisément dans les moyens proprement cinématographiques mis en œuvre pour mettre en forme cette trouble aventure. Thriller et film d’espionnage, Le Troisième Homme distille une ambiance angoissante et envoûtante dans laquelle se plonge Martins et, par lui, le spectateur. Vienne porte encore les stigmates de la guerre et à chaque coin de rue on pense aux drames qui ont pu se jouer là, d’autant plus que les forces d’occupation patrouillent régulièrement. Beaucoup de critiques considèrent que le noir et blanc du film est le plus beau de l’histoire du cinéma. C’est peut-être un peu exagéré, mais il faut reconnaître non seulement la beauté des plans filmés par Robert Krasker, le chef opérateur, mais aussi leur justesse et leur efficacité pour décrire l’ambiance et toucher au cœur de l’action et des lieux. Tout spectateur se souvient de la grande roue du Prater, des égouts, des pavés de la capitale autrichienne, tels qu’ils prennent part à l’intrigue, soulignés sinon magnifiés par les contrastes de la photographie et les cadrages parfois (trop ?) hardis. D’un point de vue esthétique, le film concentre les apports du film noir américain, du documentaire, de l’expressionnisme et…de l’esprit anglais. Un autre atout est l’interprétation, de Joseph Cotten à Alida Valli en passant bien sûr par Orson Welles, admiré pour sa composition au point que régulièrement beaucoup croient qu’il est l’auteur du film s’étant réservé le rôle le plus saillant, comme dans Citizen Kane ou La Soif du mal. Enfin, l’élément le plus célèbre, qui n’est pas pour rien dans le succès du film, c’est bien sûr la musique : n seul instrument, la cithare, une mélodie obsédante en phase avec l’enquête de Martins. Carol Reed a vraiment eu raison d’imposer Victor Karas, joueur de cithare rencontré à la terrasse d’un café, contre l’orchestre symphonique prévu par le producteur : sa composition a connu un succès planétaire accentuant celui du film !

Le coffret est généreux puisque, en sus de la version restaurée, il propose quatre heures de bonus vidéo et un livret contenant quatre essais.