Buffalo Bill et les Indiens (Buffalo Bill and the Indians or Sitting Bull’s History Lesson), Robert Altman (USA, 1976/octobre 2024, Studio Canal).

En effet, qu’on ne s’attende pas ici à un grand film d’aventure magnifiant les espaces de l’Ouest et les prouesses du plus célèbre des scouts américains. L’espace est vaste mais limité, c’est celui du cirque accueillant le Wild West Show que William F. Cody fonda et fit tourner jusqu’en Europe pour faire fructifier sa légende. Ici, le personnage apparaît dans sa triste réalité de westerner sur le retour, colérique et alcoolique, mais que son impresario Salsbury (joué par Joel Grey, déjà meneur de jeu dans Cabaret de Bob Fosse, 1972 !) sait magnifier en le faisant caracoler devant les foules enthousiastes, vêtu de son splendide et « authentique » costume, sur un superbe cheval blanc. De plus, un écrivain suit la troupe pour écrire un roman sur le héros. En cette année 1885, sentant que le spectacle stagne, Cody engage Sitting Bull, le vainqueur de Little Big Horn (1876). Mais le chef indien refuse de jouer un combat avec Cody (que ce dernier aurait gagné, bien sûr !) et exige de nombreux avantages pour lui et sa tribu. Le jour de la représentation il fait un triomphe puis disparaît. Annie Oakley, la tireuse d’élite, se révolte bientôt…

On l’a compris, nous sommes loin du western. Voilà une comédie grinçante dont aucun personnage, en particulier Buffalo Bill, ne sort indemne. Aucun n’attire vraiment notre sympathie, beaucoup cultivent le ridicule ou le cynisme, dans ce microcosme qu’est l’entreprise de spectacle. Car il s’agit bien de montrer que les États-Unis ne sont que la fiction qu’ils fabriquent sur eux-mêmes, ici plus particulièrement en piétinant les cadavres des nations indiennes massacrées. Cody lui-même, simple chasseur de bisons employé du Pony Express, finit par croire qu’il est Buffalo Bill ! Altman regarde tout cela avec un œil d’entomologiste, filmant surtout de loin les nombreux personnages, en longue focale, refusant donc l’empathie tout en se souciant du réalisme quasi documentaire de la captation. C’est ainsi que des actions disparates se déroulent dans un même plan, de même que les sons et paroles se superposent jusqu’à devenir incompréhensibles parfois. Les couleurs évitent tout flamboiement, l’image frôlant souvent le monochrome. Altman ne veut pas séduire, il veut dénoncer et démonter, en montrant l’envers de ce décor qu’est l’Amérique. Film exigeant et d’un abord peu aimable, donc, mais passionnant, et salutaire pour revisiter autrement la filmographie hollywoodienne. Notons que pour le rôle principal Altman a choisi Paul Newman, ici donc à contre-emploi, le réalisateur décevant ainsi l’attente du public admirateur du bel acteur aux yeux bleus, lequel ne devait pas être mécontent de ce pas de côté.

Les suppléments, tant documentaires que critiques, sont nombreux et d’une grande qualité (un disque supplémentaire).