Souleymane est Guinéen, livreur à vélo de repas dans Paris. Il est sous la pression de deux urgences. La première est celle requise pour la livraison, malgré toutes les difficultés matérielles. La seconde est de régulariser sa situation de demandeur d’asile, démarche qui va se jouer deux jours plus tard lors d’un entretien. Et, comme il est clandestin, son emploi de livreur et le vélo sont « loués » à un camarade, qui prend sa part, comme prend sa part celui qui doit le guider dans les démarches et discours à venir. Le film couvre ces deux jours, surtout des nuits, et ne lâche ni d’une semelle ni d’un pneu le jeune homme courageux soumis à la fragilité de sa situation et aux aléas des trajets et livraisons.
Ce grand et beau film provoque une émotion qui ne doit rien à un quelconque pathos, mais à l’héroïsme élémentaire et poignant de Souleymane qui lutte pour sa survie. Plan après plan, comme dans un thriller, on partage ses efforts pour circuler, livrer, se confronter à des clients méprisants, se faire payer, etc. Mais on n’est pas non plus sur un « chemin de croix » qui accumule les obstacles et supplices : Souleymane ne perd jamais sa détermination, son énergie, sinon à la fin, dans une séquence admirable où, avec lui, nous ne pouvons que nous effondrer pleins d’espoir. Boris Lojkine dit qu’il veut « être le porte-voix de ceux qui ne peuvent pas se raconter eux-mêmes ». C’était déjà le cas dans son premier long métrage, Hope, qui suivait le périple africain de deux émigrants, et dans Camille, consacré à une photographe de guerre tuée en activité. L’histoire du titre, c’est donc celle de ces deux jours, mais aussi celle, bien éloignée de sa réalité, que Souleymane, sur les conseils de ses compagnons, pense qu’il faut raconter pour justifier sa demande d’asile. À la fois film d’aventure, documentaire, mélodrame, ce film est, parmi ceux que j’ai vus, l’un des meilleurs (avec les deux ci-dessus) de l’année 2024. L’acteur Abou Sangaré était dans la même situation que son personnage ; mécanicien diplômé en France, il a obtenu un titre de séjour d’un an en janvier 2025…et le César de la meilleure révélation masculine en février !
Un court mais intéressant bonus.

