Irlande, Noël 1985. Bill Furlong (Cilian Murphy), modeste charbonnier, père de cinq filles, livre régulièrement le couvent de la ville. Lors d’une livraison, il découvre Sarah dans sa remise de charbon, une jeune pensionnaire qui ressemble à sa mère morte à vingt-cinq ans l’ayant élevé seule. Elle lui demande de l’aider à fuir. Il découvre petit à petit les sévices subis par les pensionnaires, la plupart « filles-mères », commises à toutes les tâches domestiques harassantes. Une religieuse met Bill en garde. La supérieure le reçoit, lui donne une enveloppe de Noël pour sa famille. Car le couvent reçoit aussi les jeunes filles de famille à son école, comme bientôt celles de Bill ! Vaut-il mieux se taire, comme toute la ville ?
Ici c’est « la Passion » de Bill, un Cilian Murphy de tous les plans, taiseux, au regard stupéfié, haletant de fatigue sous le poids des sacs de charbon et aussi de sa conscience comme de la remémoration de son enfance évoquée dans de brefs flash-back, miroir du présent. Les séquences sont presque toutes nocturnes, parfois seuls émergent les visages. Les accompagne régulièrement la Pavane pour une infante défunte de Ravel. Bouleversant d’humanité.
On aura noté bien sûr qu’il s’agit ici d’un couvent des Magdalene Sisters, ordre religieux dont les crimes ont déjà été décrits par Peter Mullan dans le film éponyme de 2003. On avait alors affaire à une dénonciation plus nette de la situation, en suivant particulièrement trois jeunes femmes, alors qu’ici tout est vu par Bill, personnage central extérieur à l’institution et marqué par son propre passé.

