L’arbre à ragots, La limace, Le miroir

« L’arbre à ragots » illustre le champ lexical de la sincérité et de l’insincérité dans la catégorie « lexique affectif ». « La limace » illustre le champ lexical des intempéries et des odeurs dans la catégorie « lexique de la nature ». « Le miroir » illustre le champ lexical de la mesure et de la quantité dans la catégorie « lexique intellectuel ». Trois des cinq catégories qui couvrent l’ensemble du dictionnaire sont donc ici illustrées : la nature, le lexique intellectuel et le lexique affectif.

L’arbre à ragots

L’arbre à ragots

Est un roublard

Dès que l’on s’approche

De ses tortueuses racines

On devient soi-même

Un bel hypocrite

Et pourtant

Quand on le regarde de loin

(Car il faut se garder

De ses tours de faux jeton)

Il n’y a rien

Dans son apparence

Qui laisse deviner

Sa véritable nature

Là encore

Il s’entend à se grimer

Comme un imposteur

Au moment

De la plus torride sécheresse

Il verdoie

Au cœur de la mousson

Il agite des rameaux

Squelettiques

Et lamentables

Lorsqu’un orage s’annonce

Il étend

Un simulacre

De ciel bleu

Sur sa frondaison

Mais un arbre

Se reconnaît à ses fruits

Le ragot

Que l’on appelle aussi

Le « potin »

Et le « cancan »

Est proprement hideux

Allongé comme un concombre,

Il exhale

Comme une odeur de miel

Si vous lui brisez la coque

Il vous jette sa poudre aux yeux

Car avec lui duplicité

Flagornerie

Et intrigue

Proviennent d’une seule et même essence

La sienne

Alors, vous ne saurez jamais plus

Ce que veulent dire

Loyauté et gratitude

Et vous voilà contraint d’agiter

Sans cesse

Les mêmes leurres

Quelle triste vie !

La limace

Limace de bruine et de crachin

Couleur de terre et de vin

Limace frileuse

Dans le givre, le gel et les frimas

Limace de toutes les rosées, de toutes les ondées

Des redoux et des vents

Limace champêtre qui hume

Dans la brise

L’arôme triste des feuilles

La fragrance des lunes claires

Et le musc torride des orages

Pour une fois

Mouche-toi !

Le miroir

Dans un reflet

Et de long en large

Suppute

L’impondérable image

De toutes ces choses qui regorgent autour de lui

Particules, larmes, poussières

Négligeables

Bribes de tout et de rien

Grands pans de vide

À ras bord

Corpuscules qui constellent le néant

Assortiment de grains, de lopins et de miettes

Infimes

À profusion

Inventaire d’atomes

Morceaux d’univers

En veux-tu en voilà

Catalogue circonstancié et inutile

Tas de chouïa

Incommensurables

Qui parsèment

La surabondance du rien