Jericow, de Christian Petzold (Allemagne, 2002/décembre 2009, Jour 2 Fête).

Membres de ce que l’on appelé l’» école de Berlin », qui renouvelle le cinéma allemand, Christian Petzold n’est pas un inconnu des critiques et des cinéphiles. Plans au cordeau, ellipses tranchantes, climat inquiétant, il a incontestablement un style. Plusieurs de ses films ont été remarqués, dont Phœnix (voir notre rubrique dans le numéro 155). Le roman de James Cain n’est pas crédité au générique. Mais le film, dont l’action se situe dans un coin perdu d’Allemagne du Nord, en reprend visiblement les situations. Thomas, ancien de l’Afghanistan, devient le chauffeur d’Ali, un Turc fournisseur de petits restaurants, et l’amant de sa femme Laura. La situation étant parfaitement actualisée dans l’Allemagne récemment réunifiée, les critiques ont parlé non sans raison d’un « facteur sonne toujours deux fois germanique ». Ali n’étant pas assassiné mais se suicidant, Christian Petzold se sépare cependant sur un point important de James Cain ― et des autres adaptations. Ce dénouement différent permet de concentrer l’action : rien sur les éventuels états d’âme du couple adultère après la disparition du mari, mais tout sur les aléas de la relation des trois personnages. Aussi germanique qu’Ossessione était italien, Jericow n’est donc pas moins riche que les autres. Il y est davantage ― ou tout du moins avec plus d’acuité ― question d’amitié trahie, de cupidité.