Le Facteur sonne toujours deux fois (The Postman Always Rings Twice), de Tay Garnett (USA, 1946/juil. 2004 Warner Bros).

Ici encore fidélité au roman, à son intrigue mais aussi à son mode narratif, le récit rétrospectif à la première personne, celui de Frank avant l’exécution. Procédé fréquent dans ce genre romanesque et cinématographique, comme pour souligner davantage l’emprise d’une fatalité poisseuse. On peut dire sans trop forcer la note que cette version de Garnett, solide mais peu renommé réalisateur de dizaines de films ― et exact contemporain de Cain ―, est l’archétype du film noir hollywoodien, comme Double Indemnity (Assurance sur la mort) de Billy Wilder d’après le même Cain ou Out of the Past de Tourneur (La Griffe du passé ou Pendez-moi haut et court, d’après Build My Gallows High de Geoffrey Homes, 1946). Une femme fatale (l’est-elle vraiment ici ?), un mari aveugle, un homme trop amoureux, et c’est l’engrenage tragique. Le mérite du film est de cerner au plus vif des personnages assez complexes. La première apparition de Cora est une séquence d’anthologie, et John Garfield est inoubliable en vagabond amoureux. Encore assez expressionniste dans sa forme, préférant la synecdoque à l’image-choc, confiant dans l’expressivité des visages et des corps pour suggérer plus d’érotisme qu’il n’en montre, ce film est fidèle au grand classicisme hollywoodien.