Ce cinéaste britannique (1942-1994) est l’auteur d’une dizaine de longs métrages et de très nombreux courts métrages. Son Caravaggio (1985) fut multi-primé, Mais ceux qu’il consacra à Edward II (1991) et Wittgenstein ((1995) furent aussi récompensés, en particulier parce qu’ils célèbrent l’homosexualité, comme The Last of England ((1987). Décorateur, peintre, plasticien, il a été exposé à Paris, dernièrement à la Bourse du Commerce, et précédemment au Palais de Tokyo. Notons qu’il a été, en 1985, la première personnalité britannique à déclarer publiquement qu’il était atteint du sida.
Sebastiane, sa première réalisation, retrace le martyre de Saint Sébastien au IVe siècle. Favori de l’empereur Dioclétien, il défend les chrétiens, ce qui lui vaut d’être cassé de son grade de capitaine des prétoriens et exilé dans un lointain avant-poste. Son amour tumultueux pour un beau centurion et son mysticisme chrétien le condamnent à mort : son corps est criblé de flèches. Ce qui intéresse ici Jarman c’est l’exaltation, par un filmage très raffiné, très esthétisant, aux limites du maniérisme, de la beauté des corps masculins qu’il montre dans leur nudité et qui est la véritable spiritualité. L’originalité immédiate du film reste qu’il est parlé intégralement en latin (c’est le seul cas que je connaisse, à confirmer), mais, au-delà, il faut convenir que cette œuvre singulière, un véritable hapax cinématographique, ne peut que secouer tout spectateur disponible, prêt aux rencontres les plus surprenantes. Hapax, soit, mais qui, assurément, a ouvert la voie à des propos et une esthétique jusqu’à là étouffés ou marginalisés par les formes de représentation communément admises.

