120 Battements par minute, Robin Campillo (France, août 2017/décembre 2017, Memento).

Début des années 90. Voilà dix ans que le sida tue. Act Up-Paris, créé en 1989, se bat pour que, face à l’urgence, laboratoires et pouvoir politique prennent des mesures décisives et rapides, qui ne soient pas dictées par les lois du marché, et, peut-être surtout, pour que la « communauté sida », malades, familles, personnel médical soit associée aux recherches et décisions. Le film suit les militants de l’association, menés par Sean (Nahel Pérez Biscayar), jeune homme brillant et convaincant, ainsi que Nathan (Arnaud Valois), Sophie (Adèle Haenel) et Thibaut (Antoine Reinartz). Il met en scène leurs discussions (il est rare de voir des débats politiques aussi bien filmés et aussi prenants dramatiquement), leurs actions plus ou moins violentes, plus ou moins transgressives. Amours, morts, joie de l’activisme en commun. Course contre le temps qui, se déroulant, laisse derrière lui des cadavres, saisie du présent comme occasion de bonheur. Aucun larmoiement bien sûr, Campillo restant au plus près de l’action du groupe, l’émotion venant d’elle-même, naissant de la beauté et de la complexité de l’humain. La force cinématographique du film, fondée sur la personnalité des acteurs, tient à ce mélange des genres et des tons qui fait voisiner moments documentaires avec fulgurances expressionnistes, et à la superposition dynamique et très pertinente de moments et personnages différents, construisant une symphonie du désespoir roboratif. C’est éprouvant, mais c’est aussi un bel appel à l’engagement fraternel.

Certes avec ce portrait de groupe, nous sommes loin du point de vue intimiste de Philippe Vallois. Mais la relation de ce dernier avec le professeur Andrieu et, surtout, la décision en quelque sorte militante de le filmer, rappelle cette volonté des malades d’être acteurs de la recherche et des soins.

Le film de Campillo, comme beaucoup d’autres depuis, montre que le cinéma « institutionnel » a, aujourd’hui, intégré « la marge » où l’on cantonnait « les pionniers » : l’homosexualité ou la transsexualité font le thème de nombreux films ou se rangent simplement parmi toutes les caractérisations de personnages. Les films d’Alain Guiraudie, un des meilleurs réalisateurs français, sont de bons exemples du traitement totalement libre de l’homosexualité masculine, de la sexualité en général, sujet ou composante parmi d’autres de scénarios à préoccupation le plus souvent sociale qui vont du burlesque au noir (Le Roi de l’évasion, Rester vertical, L’Inconnu du lac, par ex.).