Dans ma dernière rubrique, je disais tout le bien que je pensais de Chronique d’une liaison passagère et qualifiais ce Trois amies de chef-d’œuvre. Je reprends pleinement cette appréciation pour inviter tous les lecteurs à se délecter de ce grand moment de cinéma. Je ne reviens pas davantage sur ce que nous avons déjà dit sur la légèreté apparente d’une œuvre réellement très profonde qui réfléchit assidûment sur les rapports, amoureux ou non, entre les humains, sur la vérité et le mensonge, envers soi comme envers les autres, sur la difficulté qu’il y a à verbaliser un sentiment, à être soi malgré l’impasse du langage et l’inexorable flux temporel, sur la culpabilité qui résulte de ces contradictions.
Joan, Alice et Rebecca, profs en collège, sont amies. La première se rend compte qu’elle n’aime plus son gentil Victor et le lui dit. Brisé par l’aveu, il se tue en voiture. La seconde n’aime guère son mari Éric, mais apprécie la vie avec lui. La troisième…est l’amante d’Éric. De nouvelles rencontres en retrouvailles hasardeuses, les couples se font et se défont.
Le tout est conté par Victor avec une simple élégance qui d’emblée nous enveloppe et, surtout, nous fait son complice, celui qui en sait plus que les personnages, comme le cinéaste, et jette un regard ironique et simultanément empathique sur les personnages.
Ici aussi les plans séquences dominent : priorité aux comédiennes (magnifiques India Hair, Camille Cottin, Sara Forestier) et aux comédiens, pas en reste. Mais on est loin du théâtre filmé. Le seul plan d’une des séquences du début qui, en cinq bonnes minutes, capte la discussion entre Joan et Victor dans l’appartement, est un superbe exemple de l’art de Mouret : entrées et sorties du champ, écran divisé par une porte qui se ferme ou s’ouvre, miroir qui renvoie, lumière qui s’éteint, voix derrière la cloison : c’est une musique d’images qui, portée par le riche dialogue, dit tout de ce couple. Le reste est à l’avenant, duo, trio ou sonate visuels, selon l’errance sentimentale des personnages cherchant à se frayer un chemin vers le vrai. Car, chacune de ses composantes ayant une personnalité différente des deux autres, « le » personnage des trois amies nous promène avec délicatesse entre drame et comédie.

