Le boulanger de Saint-Martial, village de l’Aveyron, vient de mourir. Jérémie, son ancien commis, arrive de Toulouse pour les obsèques et loge chez Martine, la veuve. Il y reste plus d’une nuit, ce qui exaspère le fils Vincent, marié, père d’un enfant. Jérémie rend visite à Walter, un ancien ami, rencontre le curé Philippe chez Martine ou en forêt cueillant les champignons. Une bagarre aux conséquences notables va opposer Jérémie et Vincent, le curé traîne un peu partout, la police s’en mêle…
Un Guiraudie haut de gamme, où on retrouve la fantaisie, l’irrespect et l’invention de ce réalisateur si original et si loin de tout académisme. Toujours aussi immoral (ou amoral), Guiraudie célèbre sans retenue le désir sexuel, surtout homosexuel, et n’hésite pas à y inclure les serviteurs de la religion (mais ici de façon plus joyeuse et innocente que les pervers estampillés par le rapport Sauvé ou ayant sévi dans l’institution Bétharram !). Le désir, inassouvi le plus souvent et guidant les personnages, n’a rien de vulgaire, a fortiori de pornographique. C’est drôle, ironique et tonique, refusant toute afféterie mais jouant avec le spectateur. Ça commence dans une atmosphère pesante de polar rural et ça continue en comédie noire de plus en plus improbable, de plus en plus provocatrice, dans la mesure où l’étonnant ou l’inattendu est présenté avec un naturel cinématographique d’une fausse et réjouissante naïveté. Les acteurs, peu connus sinon Catherine Frot et David Ayala, sont excellents, donnant aux corps et aux visages (aux trognes) des personnages une présence matérielle essentielle, au même titre que les arbres du bois ou les pierres du village. Un des meilleurs fims de l’année 2024.
Entretien de 30 mn avec Guiraudie.

