Ma vie, ma gueule, Sophie Fillières (France, septembre 2024/février 2025, Jour2fête).

« Barbie » (Barberie Bichette), 55 ans, divorcée, vit seule. Ses deux grands enfants, Rose et Junior, sont plutôt agressifs envers elle ; quant à sa sœur, elle est à l’écoute de la quinquagénaire mais est vite dépassée par cette personnalité déroutante. C’est que Barberie est assez dépressive, ne sachant plus vraiment où elle en est ni qui elle est, malgré les séances régulières chez le psychanalyste. Elle quitte son travail dans une agence de publicité en laissant un poème au tableau, fait diverses rencontres dont une où elle s’écroule soudain, ce qui lui vaut une hospitalisation…

Le film permet entre autres d’apprécier Philippe Katerine jouant son propre personnage… et de l’ukulélé. Comme ce comédien chanteur facétieux, le film est assez inclassable, et c’est sa qualité. Cette femme est en perdition, mais joyeusement, et Agnès Jaoui l’incarne avec beaucoup de bonheur et de sincérité connivente. L’actrice, qui est de tous les plans, livre ici un de ses plus beaux rôles et constitue l’intérêt principal du film. En effet, le personnage en appelle à chaque spectateur quand elle se débat pour se réinsérer dans une réalité qui lui échappe, quand elle « prend son élan » pour aborder ce nouveau versant de sa vie, tout cela sans apitoiement, mais au contraire avec énergie, inquiétude mais foi. C’est comique souvent, vraiment burlesque parfois, tendre surtout, avec de nets accents autobiographiques de Sophie Fillières, consciente alors qu’il s’agissait de son testament artistique, et qui livre un surprenant hymne à la vie.

En bonus, un long hommage à la réalisatrice (qui, décédée avant le montage, avait demandé à ses enfants, Agathe et Adam Bonitzer, de terminer le film) et quatre de ses courts métrages.