Hiver à Sokcho, Koya Kamura (France, Corée du S., janvier 2025/mai 2025, Diaphana). D’après le roman éponyme d’Élisa Shua Dusapin.

À Sokcho, petite ville balnéaire de Corée du Sud, Soo-ha, 23 ans, mène une vie routinière, entre ses visites à sa mère, marchande de poissons, et sa relation avec son petit ami, Jun-oh. Elle travaille dans une pension de famille où arrive un Français, Yann Kerrand, que le patron demande à Soo-ha de prendre en charge puisqu’elle parle français. Le client se révèle être un illustrateur très connu, qu’elle guide pour ses achats de matériel et ses visites de découverte du pays. Elle refuse de suivre Jun-oh engagé comme mannequin à Séoul et rompt. Elle s’attache de plus en plus à Yann, qu’elle superpose à l’image possible du père qu’elle ne connaîtra pas, un marin français de passage que sa mère n’a pas réussi à retrouver. Un lien fragile se tisse entre eux, mais, en réponse aux questions empressées de la jeune fille qui rêve d’aller en France, Yann se ferme…

Voilà un beau film tout en délicatesse douce-amère, selon le trajet psychologique de Soo-ha, dont nous percevons les pensées et sentiments grâce à l’insertion de séquences d’animation très bien conçues. On y voit des personnages qui se forment, se déforment, se réforment, lignes qui voyagent dans le cadre, comme si les interrogations de la jeune fille épousaient les tracés successifs de l’illustrateur. Celui-ci, d’un abord assez froid, n’est pas très sympathique, se livrant peu, ce qui accroît le désarroi intérieur de Soo-ha dont on a pourtant l’impression qu’elle vient de franchir une étape. On comprend toute l’importance du non-dit, du mystère plus ou moins épais que transporte tout être humain derrière ses apparences. Si le spectateur français a du mal à s’identifier à Kerrand, il satisfait néanmoins comme lui sa curiosité car l’aspect documentaire du film est important ; la vie à Sokcho nous est décrite de belle façon, en particulier les repas, révélateurs privilégiés d’une civilisation et, plus généralement au cinéma, moments-clés dévoilant les relations entre individus. Insistons enfin sur la qualité de l’interprétation, de la jeune Bella Kim et de Roshdy Zem, décidément un acteur français qui aborde une grande variété de rôles avec toujours la même profondeur et la même solidité.