Nous terminons notre remontée temporelle et américaine par ce film noir qui arrive sur les écrans alors que le genre, après avoir connu son apogée avec toute une série de chefs-d’œuvre des années 40 et 50, est sur le déclin.
Sidney Fulco (Tony Curtis) est agent de presse. Il lui faut absolument que J. J. Hunsecker (Burt Lancaster), chroniqueur à succès du New York Globe, qui fait et défait les carrières, dise un mot de ses poulains dans son billet. Il lui témoigne un zèle sans limites, obsédé par son objectif, le « succès à la douce odeur » du titre, pour lequel il est prêt à tout. Hunsecker exige de lui, en échange d’une place dans la chronique, qu’il fasse échouer l’idylle entre sa sœur Susan et le guitariste de jazz Steve Dallas. Sidney fait publier par un éditorialiste une calomnie contre Steve… L’issue de cette machination motivée par le désir effréné de réussite dans un milieu sans morale et sans humanité est fort problématique…
Ce film très…noir, très pessimiste surtout, glaçant par le regard purement descriptif qu’il porte sur les gens et leurs actes, critique ouvertement la société américaine, société du spectacle et des faux-semblants encouragée et parfois fabriquée par la presse à sensation. Le scénario de Clifford Odets, qui signe aussi les dialogues, est tiré d’une nouvelle assez autobiographique d’Ernest Lehman (grand scénariste par la suite, par ex. de La Mort aux trousses). Il trace les destins individuels en les engluant dans la toile de ce pouvoir délétère fondé sur la domination et la machination. Dans cet enfer mondain, aucune figure n’est épargnée. Comme dans ses films de la période anglaise (L’Homme au complet blanc, Mandy…), Mackendrick met en scène avec une exemplaire efficacité. Chaque plan, dans son organisation, dit beaucoup des personnages et de leurs rapports, cadrant avec rigueur tout en échelonnant dramatiquement les proches et les lointains, n’hésitant pas à filmer des personnages en amorce pour amplifier la dynamique de la scène déjà soulignée par une lumière aux contrastes expressifs, renforçant l’acuité des répliques. Là aussi le réalisateur bénéficie d’une collaboration de haute qualité, celle du grand chef opérateur James Wong Howe. Soulignons enfin que les deux acteurs principaux sont ici à contre-emploi : Lancaster, habitué aux rôles de héros généreux, campe un pervers dominateur, et Curtis, d’habitude jeune homme drôle et séduisant, est ici un minable ambitieux et cynique ! Or, de ce que j’en connais, ce dernier semble trouver ici le plus beau rôle de sa carrière et Lancaster n’en est pas loin. Et l’on comprend que ce film, considéré comme majeur par la critique d’aujourd’hui, n’ait pas eu de succès à sa sortie, tellement il refuse d’être « sympathique ».
Le coffret offre une brochure très documentée sur le tournage et une belle iconographie. Les suppléments du Blu-ray, consacrés à Mackendrick et à l’analyse de séquences valent vraiment qu’on s’y arrête.

