À Grasse, Antonia dite Toni (Camille Cottin), 43 ans, élève seule ses cinq enfants. D’Olivia, la plus jeune, à Mathilde, en passant par Thimothée, Camille et Marcus, tous sont adolescents, du collège à la terminale. C’est un travail à plein temps pour Toni, qui ne lui laisse que quelques intervalles où elle peut aller se produire comme chanteuse dans un bistrot, loin de la célébrité que lui avait conférée, vingt ans auparavant, ses succès à la Star Academy. Consciente que bientôt elle se retrouvera seule, elle a bien envie de prendre un nouveau départ, en particulier de reprendre des études universitaires. Mais elle est confrontée à ces cinq personnalités différentes qui toutes, à un moment ou un autre, connaissent ou posent des problèmes. Ce qui ne l’empêche pas de conserver une belle énergie et un amour vif partagé avec ses enfants. Nous suivons ainsi six itinéraires qui parfois s’enchevêtrent sans que jamais les individualités ne soient niées.
Contrairement à ce qu’on pourrait peut-être penser, il ne s’agit pas ici du portrait d’une victime héroïque, mais plutôt d’une héroïne du quotidien qui refuse de subir. Le deuxième film de ce réalisateur (23 ans !) est d’une grande maîtrise et d’une grande intelligence. Le titre dit déjà l’essentiel : Toni n’est pas une femme en souffrance et accablée, ou qui vivrait diverses aventures, sentimentales ou autres ; il ne s’agit pas non plus de suivre un à un les enfants. Il s’agit de filmer le personnage famille dont Toni est le cœur : ce que vit chacun est vu dans ses rapports avec le tout familial. Si héroïsme maternel il y a, il ne tient pas à ce que Toni arrive à surmonter l’insurmontable, mais à se préserver et à préserver chacun. On n’insiste pas sur l’aliénation ménagère, tâches matérielles, courses incessantes, mais sur les relations de chacun avec les autres. C’est drôle et souvent émouvant, avec une Camille Cottin qui sait exprimer une fragilité et un désarroi qui cohabitent avec une détermination enthousiaste et joyeuse. Nathan Ambrosioni capte une vérité des corps et des sentiments nourrissant, au-delà du simple tableau vécu, une passionnante aventure. Notons qu’avec Les enfants vont bien, sorti récemment, il garde la même inspiration et livre un film attachant, qui n’atteint pas néanmoins le niveau de celui-ci, à mon avis.

