En 1944, dans la vallée du Trentin au nord de l’Italie, le village de Vermiglio abrite la famille Graziadei dont le père Cesare est l’instituteur. Son épouse a subi dix accouchements dont sont issus six enfants survivants. Attilio, un neveu, est revenu de la guerre avec Pietro, un soldat sicilien qui a déserté. Celui-ci, mutique et taciturne, rencontre Lucia, l’aînée de Cesare, et ils tombent amoureux. Ada, la cadette des filles, très pieuse, est attirée par Virginia, une voisine. Pietro, analphabète, prend des cours du soir avec Cesare, et lui annonce à cette occasion vouloir épouser Lucia, qui est enceinte de lui. Cesare veut envoyer la benjamine Flavia à l’école, mais pas Ada – à son grand désespoir. Pietro et Lucia se marient, mais la guerre est finie, et Pietro rentre en Sicile pour montrer qu’il a survécu. …
Tourné presque uniquement en plans fixes (d’où la grande signification des deux ou trois panoramiques et du seul travelling) d’une grande beauté, qui prennent le temps de décrire lieux, personnages et situations. C’est en même temps très documentaire et très romanesque ; pourtant, tout est très feutré, à quelques exceptions marquantes près, sans rebondissements spectaculaires (un exception) : la vie s’écoule, laissant sur ses rives, dans les corps et les âmes, joie, mélancolie et regrets. Car derrière cette douceur se cache une grande tension entre un réel accepté ou plutôt imposé et le désir, sexuel ou autre, tension que savent exprimer ce filmage très délicat et des comédiens exceptionnels (beaucoup sont débutants). Nul n’est d’un bloc : par exemple Cesare, sensible à l’art et à la culture, ne tolère pourtant aucune entorse à son autorité patriarcale et collectionne en cachette des clichés pornographiques. De même, la communauté d’enfants est très bien décrite, et on pense alors aux deux héros de Fanny et Alexandre (Bergman, 1982). De tout cela, témoins privilégiés, nous sommes les seuls juges, si tant est que nous ayons envie de juger. Osons : un film magnifique, dont la beauté et la vérité émeuvent profondément !

