Laura (Paula Beer), étudiante en musique, et son compagnon Jakob ont un accident de voiture dans la campagne en revenant vers Berlin d’un week-end avorté. Il meurt, elle est accueillie dans une maison voisine par Betty (Barbara Auer). Au grand contentement de celle-ci, elle décide de rester Arrivent le mari de Betty et son fils qui vivent plus loin et tiennent un garage un peu louche. Un piano est là, dont joue Laura qui doit bientôt passer un concours. Choyée par Betty comme si elle était sa fille, elle se rapproche des deux hommes, mais le passé de cette famille va bientôt s’interposer dans leur relation…
Christian Petzold, à qui l’on doit entre autres Barbara (2012), Phœnix (2014) ou Le Ciel rouge (2023), confirme ici son talent qui lui vaut d’être le cinéaste allemand contemporain le plus important. Un climat lourd pèse, un malaise, dans cette famille accueillante, dans cette campagne paisible et apparemment chaleureuse. Cette atmosphère fondée, donc, sur une contradiction, est construite tout en touches délicates, en drames tus, en notations de gestes quotidiens, extraordinaires parfois. Laura est un peu comme l’envers de l’ange du Théorème de Pasolini : elle ramène la quiétude, chez elle comme chez les autres. Pas d’événements spectaculaires, mais il se passe beaucoup de choses dans les esprits : le spectateur doit beaucoup travailler en faisant le film avec Petzold, non pas pour deviner, mais pour entrer en sympathie et compréhension envers les personnages. Restent des zones obscures, celles en particulier qui entourent la personnalité de Laura, ajoutant du mystère dans ce conte qui nous charme et nous envoûte par la grâce de sa mise en scène.

