Lilian Steiner est psychanalyste. Sa patiente Paula vient de se suicider. Le veuf Simon la chasse de la veillée funèbre. Elle consulte ses cassettes d’enregistrement de ses entretiens avec Paula. Voilà que ses yeux pleurent sans raison. Elle consulte son ex-mari, Gabriel, ophtalmologue, mais sans résultat. Son patient Pierre, qui l’a quittée pour une hypnotiseuse, lui conseille celle-ci, laquelle la délivre du déluge lacrymal et lui fait naître des images de la 2e guerre mondiale où son propre fils Julien est un nazi ! Elle est de plus en plus persuadée que Paula ne s’est pas suicidée, que sa fille Valérie ou Simon sont coupables. Aidée de Gabriel, elle mène l’enquête…
Rebecca Zlotowski (Planétarium, Une fille facile, Les Enfants des autres…) jouissait déjà d’une belle réputation, mais pas fondée sur sa vis comica. Or cette Vie privée (rien à voir avec le film de Louis Malle de 1962) est une comédie fort réussie. Voilà une œuvre qui aère le paysage cinématographique français, élégant, virtuose, drôle et profond, avec de merveilleux acteurs (J.Foster, D. Auteuil, V. Efira…) , une belle réflexion sur la psychanalyse—n’est-ce pas une enquête au long cours ?— donc sur la vérité. Comme il est d’usage depuis Freud, l’officiante se laisse guider par ses rêves, mais au lieu de les interpréter elle les prend au premier degré, comme un spectateur de cinéma candide. C’est un film sur l’écoute, aussi : elle n’écoute pas ses patients, elle les enregistre ! De plus, elle voit mal et ses yeux sont indépendants de ses sentiments, mais expression, sans doute, de son inconscient. Sans compter qu’une fois les larmes supprimées, c’est le ciel qui prend le relais et pleure continuellement ! Rien n’est souligné ou expliqué, tout est dans le plaisir de conter et de convoquer avec un esprit malicieux des thèmes sensibles, comme la communication, l’amour et le poids du passé (surtout la judéité), plaisir contagieux jusque dans les fauteuils de la salle ou du salon.

