À son image, Thierry de Peretti (France, septembre 2024/février 2025, Pyramide). D’après le roman de Jérôme Ferrari.

Au début des années 2000, Antonia, photo-journaliste, photographie un mariage villageois, passe la soirée, rentre à l’aube en voiture, se tue en ratant un virage. Un flash-back suit cette séquence initiale : nous sommes alors dans « les années FLNC » à partir de 1979. Dans le village, Antonia est l’amante de Pascal, plusieurs fois emprisonné, comme tous ses camarades. Elle est dorénavant journaliste à Ajaccio. Les conflits externes comme internes deviennent de plus en plus intenses. En 1991, Antonia couvre le siège de Vukovar après avoir rompu avec Pascal…

Avec son quatrième film, de Peretti retrouve la Corse de ses deux premiers, Les Apaches (2013) et Une vie violente (2017), lesquels, leurs titres parlent, se déroulaient déjà dans une atmosphère conflictuelle, le second traitant des luttes indépendantistes vite entachées par le gangstérisme, et provoquant une réflexion sur les limites de la violence dans un combat légitime. Ici comme dans ces deux-là est dénoncé l’engrenage mortifère d’une violence aux cibles multiples qui enferme des personnages à l’humanité néanmoins touchante. Cette dernière est magnifiée par la communauté de jeunes femmes qui ne supportent plus ces affrontements de mâles ne menant qu’à la mort. La narration est très sèche, les plans sont souvent longs mais rarement proches des visages, soulignant ainsi le destin absurde des personnages prisonniers d’un mécanisme inexorable. De Peretti sait faire surgir le drame non d’un événement fortuit mais de la matière même de ce qu’il filme, des corps, de l’atmosphère. L’aspect quasi-documentaire prend parfois le dessus (présence aussi d’images d’archives), marqué par la voix off qui parfois prend (un peu trop) le pas sur l’image et donne les clefs, à savoir principalement la réflexion sur la photographie, figement de la vie, et sur le travail trop superficiel du photo reportage. Reste surtout le portrait attachant d’une jeune femme en butte à la réalité, celle qu’elle côtoie, celle qu’elle photographie.

NB : dans le bonus, interview du réalisateur. Il présente aussi des scènes coupées.