Le Mohican, Frédéric Farucci (France, février 2025).

Joseph, berger, possède des pâtures surplombant la baie magnifique d’une presqu’île qui excite la convoitise des financiers ! Ceux-ci ont déjà acquis les terrains entourant ceux de Jo : de son accord dépend la réalisation du complexe touristique. Il refuse le pactole promis, lui préférant son troupeau de chèvres. Lors d’une énième discussion, l’envoyé du promoteur, armé, est tué accidentellement. Jo s’enfuit. Le film est alors la chronique de cette course haletante et semée d’embûches et de drames, soutenue par les réseaux sociaux que la nièce métropolitaine en vacances a alertés et qui confèrent à Jo une popularité ainsi que la sympathie et même parfois la solidarité des autochtones. Cette fuite est marquée par la violence, celle du milieu naturel, celle surtout des prédateurs n’hésitant pas à aller jusqu’au meurtre…

Le titre appelle évidemment l’adjectif que, depuis Fenimore Cooper, on accole à ce nom de peuple décimé. Et là est bien la référence : le personnage principal semble être le dernier à résister aux rapaces immobiliers qui détruisent les paysages et la culture du milieu pastoral traditionnel. Nous avons véritablement affaire ici à un western, avec ses conflits de territoire, ses duels, ses embuscades, mais aussi à un thriller sur le schéma classique du film-poursuite « survival ». Le rythme est toujours soutenu, sans être frénétique. Les pauses sont en effet nombreuses, repas, discussions. C’est un des aspects très « fordiens » de ce Mohican (Farucci s’inspire beaucoup de John Ford qu’il considère comme son maître), comme l’est l’utilisation du décor naturel, élément essentiel de l’action. Le corps massif et le parler sobre et contenu d’Alexis Manenti (Jo), qui semble comme surgi des pentes rocheuses, nourrissent cette impression d’art primitif à la texture râpeuse que laissent aussi les grands films d’aventure classiques. Soulignons enfin la dimension politique du film, très efficace dénonciation, consubstantielle à l’action et jamais surimposée, de la corruption mafieuse qui tue le littoral corse ; ce cinéaste passionnant (et prometteur, ce n’est que son deuxième long métrage) est aussi corse que les deux précédents (on pense aussi bien sûr à l’affaire Ivan Colonna) tout en payant sa dette aux grands maîtres américains.