Fort Sumner, Nouveau-Mexique, 1887. Pat Garrett et William Bonney (Billy) sont deux amis, deux voyous. Le premier a décidé de « se ranger » et s’est fait nommer shérif de Lincoln, comté sous la coupe, comme toute la région, du gros éleveur tout-puissant Chisum. Il enjoint Billy de fuir au Mexique, mais celui-ci continue ses exactions et Pat l’arrête. Le prisonnier s’évade, et dès lors ce sera la poursuite du bandit et de ses complices, jusqu’à ce que Garrett le supprime.
Peckinpah est connu pour ses films mettant en scène la violence de façon très réaliste et pourtant stylisée pour la dénoncer, comme La Horde sauvage (1969). Celui-ci ne déroge pas, mais, paradoxalement, présente un caractère quasi abstrait. En effet ce n’est pas l’action et ses impondérables qui nous retiennent. Le cœur de chaque séquence consiste en affrontements verbaux ou chevauchées d’un point à un autre. La plupart d’entre elles se terminent par des meurtres, perpétués froidement, sans aucun suspense ni chorégraphie de duels, puisque si duel il y a, il est truqué, et que souvent l’un des protagonistes est désarmé ou pris traitreusement. Car ce qui compte ici, c’est un grand désenchantement, une destruction plus qu’une remise en question des codes du western, Le Kid semble aller au-devant de son assassinat, refusant de fuir vraiment, Garrett s’accroche à sa tâche de justicier tout en sachant qu’elle est dérisoire et n’a rien à voir avec la justice. On peut considérer que Billy incarne l’Ouest traditionnel et mythifié des aventuriers souvent hors-la-loi, qui considèrent l’espace comme le terrain illimité de leurs exploits, alors que Garrett, nostalgique pourtant de cette période, s’est mis au service du monde de l’argent et de la sacro-sainte propriété privée. Dans cette société, l’humain, en particulier la femme, ne bénéficie d’aucun respect, et la mise en ordre social n’est plus que la mise en coupe réglée. Peckinpah, ça se confirme de film en film, exprime une colère mélancolique qui donne un ton très particulier à l’œuvre, ce que confirme et amplifie la présence de ce personnage énigmatique nommé Alias incarné par Bob Dylan, lequel signe la musique du film et deux chansons mémorables.
Notons que le film a été, pour sa sortie, dénaturé par un montage imposé par le producteur. Ce qui explique en grande partie son échec public. Depuis, plusieurs techniciens ont tenté de restituer la version voulue par Peckinpah. Celle référencée ci-dessus (2006) semble en être la plus proche.

