Rapport moral 2026

(Adopté à l’unanimité lors de l’assemblée générale du 27 juin 2026).

L’année scolaire qui s’achève a vu notre association reprendre avec vigueur une activité scientifique qu’elle n’avait certes jamais cessé de mener, mais qui n’avait pas connu une telle intensité depuis cinq ans. Je vais évidemment présenter notre travail plus en détail, mais il importe de souligner au préalable que l’Association des Professeurs de Lettres est aussi une société savante, que c’est même son identité première et que c’est là ce qui autorise sa voix, quand elle s’exprime sur les questions d’enseignement, et doublement, car connaissant la langue et les lettres, nous savons comment les enseigner, mais connaissant la langue et les lettres nous avons en outre, sur l’homme et sur le monde, une hauteur de vue que certains autres n’ont pas. C’est donc à la fois parce qu’elle a le plus demandé de notre travail cette année et parce qu’elle est première dans la logique de notre activité que je parlerai pour commencer de notre contribution aux études littéraires.

Cette contribution, c’est avant tout bien sûr la tenue, le 28 mars dernier au lycée Camille-Sée, d’une journée consacrée à la littérature du XVIIe siècle, qui fut un succès aussi bien quant à la qualité des interventions prononcées que pour l’importance et la participation de l’auditoire. Je tiens à remercier vivement Jean-Noël Laurenti, qui en a assuré la direction scientifique et qui travaille encore à enrichir de nouvelles contributions celles que nous avons entendues. C’est le rôle de notre association que d’aboucher nos élèves à la recherche vive à travers leurs professeurs, et l’âge classique, que son importance dans notre littérature place naturellement au centre de notre enseignement, pâtit malheureusement d’une méconnaissance de travaux universitaires qui ont rectifié de nombreux contresens et mis en lumière certains genres mal compris et négligés. Cette journée et ses prolongements fourniront donc à l’automne la matière d’un nouveau volume de la collection « Études littéraires » de nos éditions en ligne. Ce n’est pas le seul enrichissement que notre site ait connu ou s’apprête à connaître.

Notons en effet que, tout en poursuivant la mise en ligne des articles de nos anciennes revues papier, du Bulletin de l’APL aux Études franco-anciennes, nous publions à nouveau, comme j’en formai le vœu l’an dernier, des inédits ; de Voltaire à Jean Grosjean, les sujets en sont variés, mais il est à regretter qu’aucun n’ait traité de littérature grecque ou latine, et c’est une urgence que d’y remédier. Si notre vocation est de contribuer à la formation de fond de nos collègues, nous devons également leur apporter une aide plus directement opérationnelle. C’est pourquoi, à la rentrée prochaine, Guillaume Olivier nourrira une rubrique spécialement consacrée aux auteurs mis au programme de l’ÉAF sur notre site, où seront transférées la « rubrique de Guy Talon », dont les articles synthétiques présentent pour nos collègues un grand intérêt pratique, et la « Chronique des mots sauvages » de François Bourdil, qui expose et met en œuvre « l’algorithme d’apprentissage » qu’il nous avait exposé lors de notre journée pédagogique d’avril 2017 sur l’enseignement du vocabulaire. La Lettre de l’APLettres ne sera pas dépossédée de ses atouts : tout en jouant le rôle de bulletin, rendant compte aux adhérents des activités de l’association, elle leur livrera désormais la primeur des articles et des chroniques qui, quelques mois plus tard, seront d’accès public que notre site. Mentionnons enfin notre partenariat en octobre dernier avec l’association Approches, qui a produit le dossier pédagogique du film L’Étranger de François Ozon. À propos de cinéma, il faudra réfléchir avec Alain Vauchelle à la manière de transposer aussi sa rubrique « De la salle au salon ». C’est là l’un de nos prochains sujets de réflexion, avec notre prochaine journée d’étude, la sollicitation d’auteurs en littératures grecque et latine et l’amélioration nécessaire du référencement de nos publications.

Si nos activités savantes et pédagogiques l’ont emporté cette année sur nos engagements, c’est cependant aussi parce que l’actualité de l’Éducation nationale n’a pas été très dense. Certes, de nouveaux programmes ont paru ou sont sur le point de paraître, en français et en langues anciennes, ainsi qu’en histoire des arts. Je ne développerai pas ici notre avis sur ces textes, avis portés par nos motions, nos vœux et lors des réunions de concertation organisées par la DGESCo, auxquelles je remercie Guillaume Olivier, Arnaud Fabre et Jean-noël Laurenti d’avoir représenté notre association. Remarquons toutefois que ces concertations n’intervenant qu’une fois les projets rédigés, elles ne nous permettent d’intervenir que sur des détails et qu’il y a lieu de déplorer que, depuis la nomination de Mark Sherringham à sa présidence, le CSP ne daigne plus consulter les associations de spécialistes ; ce scandale devrait d’ailleurs susciter les protestations de la Conférence, laquelle pourtant et très malheureusement ne s’est aucunement fait entendre cette année.

Ces programmes présentent des améliorations appréciables, dans la mesure où ils rendent à la grammaire une importance qu’elle avait perdue et permettent au professeur d’enseigner comme il l’entend. Mais, ils affichent ces ambitions prématurées et cosmétiques qui sont caractéristiques de l’approche par compétences, laquelle au final n’enseigne rien, faute d’avoir eu la patience de rien construire. Nous avons pu nous réjouir d’un progrès de la part disciplinaire au CAPES, de la suppression des points attribués aux compétences au brevet, leur emprise sur le système éducatif français n’en est pas moins désormais structurelle, comme en témoigne la circulaire de rentrée dont nous discuterons tout à l’heure. Dans ce texte comme dans les programmes ou les notes de service, les recommandations se déclinent sous forme d’objectifs, l’activité a remplacé le cours, et cette conception managériale de l’éducation tend tout le système éducatif vers la seule finalité de passer des examens : à l’heure de Parcours sup, il n’est plus question d’apprendre, mais de se placer, et toutes les ruses pour obvier aux exigences de l’esprit sont légitimées par la nature même du système.

C’est dire si l’action de notre association est plus que jamais nécessaire. Elle la mènera, non seulement avec détermination, mais avec alacrité.