The Brutalist, Brady Corbet (USA, février 2025/juin 2025, Universal).

Ce film-monstre de 3h35 (dont 15mn d’entracte non conservées bien sûr en vidéo) suit l’itinéraire de László Tóth architecte juif libéré de Buchenwald et parti pour l’Amérique, sa femme Erzsébet et sa nièce Zsofia restant en Hongrie. D’abord recueilli par son cousin marchand de meubles, il se lie avec un riche homme d’affaires, Harrison von Buren à qui il a construit une bibliothèque. Von Buren, d’abord furieux du travail, l’a en effet introduit dans son cercle quand il a appris quel grand architecte était László dans son pays, formé en particulier au Bauhaus. Il lui commande la construction sur une colline d’un complexe théâtre-sport-église et son avocat parvient à faire venir Erzsébet et Zsofia. La première sera décisive pour le travail et la carrière de László. Addiction à la drogue, accident de chantier… : il est renvoyé, puis rappelé en 1958. Voyage à Carrare des deux hommes pour le choix du marbre, László y subissant la violence de von Buren, ce qui le marque à jamais…

Le personnage, interprété excellemment par Adrian Brody lui-même d’origine hongroise (cf. déjà Le Pianiste de R. Polanski, 2002, assez proche), est fictif mais prône un des plus importants mouvements d’architecture du XXe siècle, le brutalisme. Inspiré en particulier de Le Corbusier, ce style prône la sobriété brute, donc l’absence d’enjolivures, le béton non enduit. Il a quasiment disparu dans les années 1980. Le film, lui, traite ainsi deux sujets : le combat d’un architecte pour rester lui-même tel qu’il se veut, et l’Amérique, celle des États-Unis. Les deux se rejoignent bien sûr car, selon le mot de Guy Pearce (qui incarne le capitaine d’industrie von Buren), le film retrace « le destin d’un homme qui fuit le fascisme pour se retrouver pris au piège du capitalisme ». Ce très long métrage, qui a coûté à Corbet sept ans de préparation (documentation, scénario avec son épouse…) et surtout de négociations, avec le Covid au milieu, suivis d’un tournage épuisant, est certes inégal mais fascine. La première partie est mieux maîtrisée, grâce à une mise scène cohérente et ne se dispersant pas. Elle s’ouvre par un plan unique qui suit László se frayant un chemin dans la foule de migrants pour se hisser jusqu’au pont du bateau…et voir la statue de la Liberté ! L’ironie est servie par le filmage et nourrie par tout ce qui suit car le film est très corrosif dans sa peinture de l’antisémitisme et du mépris de classe, quitte à en ajouter un peu trop dans la seconde partie. Au final, un constat amer sur la société américaine qui broie les individus tout en prônant leur réussite.