Ossessione (Les Amants diaboliques en France), de Luchino Visconti (Italie 1943/novembre 2006, collection « Inrockuptibles »).

Ce film, le premier long-métrage de son auteur, fit scandale dans l’Italie du début des années 40. Pour son érotisme : le titre annonce une histoire aussi torride que passionnelle. Mais aussi pour des raisons politiques : l’homologue de Frank, Gino, chômeur et vagabond, est un envers de l’Italie fasciste. Il est d’ailleurs redoublé par un personnage de forain marginal et homosexuel rencontré par Gino, qui est un ajout de Visconti. L’action se situe près de Ferrare : Bragana, marié à Giovanna, emploie et loge Gino, lequel devient l’amant de Giovanna. Ce dernier préfère partir, mais retrouve le couple lors d’une foire. Bragana lui demande de revenir, mais ils le tuent sur la route. Innocentés, ils s’installent dans la maison. Gino réussira à décider Giovanna à fuir, après avoir cru qu’elle l’avait dénoncé. La voiture dérapant, elle meurt sur la route.

Le récit s’arrête là, faisant l’économie du procès final. Mais il aura été très riche en informations sur la situation économique et sociale de l’Italie du moment. Considéré pour cela comme précurseur du néoréalisme, Ossessione doit beaucoup à Toni et à La bête humaine de Jean Renoir dont Visconti avait été l’assistant. On a pertinemment souligné la sobre et efficace élégance des cadrages, l’utilisation non formaliste de la profondeur de champ, les plans longs (proches du plan séquence), les mouvements d’appareils savants et complexes, le climat tragique et oppressant qui pèse sur les personnages.