The Big Red One est le nom de la division où opère le sergent Possum (Lee Marvin). On le suit avec son groupe, surtout avec quatre jeunes recrues, entre 1942 et 1945, de l’Afrique du Nord à l’Allemagne via la Sicile, la Normandie, la Belgique. C’est un film de guerre, un film d’aventures, mais c’est avant tout le récit de ce qu’a vécu Fuller lui-même comme soldat, dont on connaît le reportage saisissant qu’il tourna lors de la libération du camp de concentration de Falkenau, où il obligea les gardiens à enterrer les cadavres de leurs victimes entassés là. Curieusement, Au-delà de la gloire a été parfois critiqué comme exaltant l’esprit guerrier. Il me semble que c’est exactement le contraire, même si le sergent, en particulier, est peint comme un professionnel efficace et viril. Cet itinéraire guerrier à travers l’Europe est plutôt une revue de l’horreur et des souffrances, endurées par tous ces jeunes enrôlés dans le conflit. Certaines séquences, telle l’assaut d’un asile psychiatrique occupé par les Allemands sur fond de valse viennoise, montrent à quel grand cinéaste on a affaire, qui sait mêler le document le plus sec, le plus abrupt, à une réflexion profonde sur la condition humaine ; réflexion qui jamais n’alourdit la narration. Comme dans plusieurs de ses autres films, Fuller fait vivre ses personnages dans une atmosphère génératrice de folie, celle qui menace tout individu quand les repères s’évanouissent. Cinéaste pessimiste mais sensible à la beauté qui sourd des êtres et des situations, Fuller (1911-1997), est fort à l’aise tant dans le film noir que dans le film de guerre, le mélodrame ou le western, ayant donné à chacun de ces genres des œuvres majeures.
Alain Vauchelles

