L’Audition (Konkurs, 1963-1964), L’As de pique (Cerný Petr, 1963), Les Amours d’une blonde (Lásky jedné Plavovlásky, 1965), Au feu, les pompiers ! (Horí, ma Panenko, 1967) Coffret 3 DVD ou BR, nov. 2020, Carlotta
Un début fort remarqué, qui fit connaître Forman en Europe, en particulier en France où les n° 2 et 3 connurent à l’époque un réel succès dans le circuit Art et Essai. L’Audition rassemble deux moyens métrages qui ont en commun le monde artistique, celui d’une fanfare, pour l’un, du théâtre, pour l’autre qui aligne les portraits pittoresques de jeunes apprenties comédiennes. L’As de pique met en scène un « Jean-Pierre Léaud tchèque », jeune homme qui accumule les gaffes dans son métier de vigile comme dans ses tentatives amoureuses. Les Amours d’une blonde suit la journée d’une jeune ouvrière qui croit connaître l’amour et bientôt l’émancipation vers la grande ville, grâce à sa rencontre avec un jeune pianiste, mais qui doit renoncer à ses rêves. Quant à Au feu les pompiers ! (sélectionné au festival de Cannes 1968 dont Forman soutint l’annulation contestataire), c’est une comédie satirique en forme de reportage vécu qui montre les préparatifs et la tenue du bal annuel des pompiers dans une petite ville : maladresses, lâchetés, joies simples, machisme ordinaire, fiasco complet, toute une humanité en réduction à l’ambition dérisoire ; un bel héritage du cinéma burlesque revu par le « cinéma-vérité ». À travers la peinture d’une certaine jeunesse ou de milieux particuliers, c’est bien la Tchécoslovaquie des années 60 dont Forman nous offre la radiographie, avec un humour souvent cinglant qui n’exclut pas la tendresse et un style qui joue de la désinvolture pour mieux épouser le rythme de l’existence et des sentiments. L’espérance, portée par une jeunesse ouverte aux possibles et riche de désirs, opposée à la morale dominante, anticonformiste comme Forman et ses collègues, était là néanmoins. Elle fut brisée en août 1968.
Alain Vauchelles

