Gilda, Charles Vidor (USA, 1947/novembre 2024, Sony).

Fin de la deuxième guerre mondiale, Argentine. Un joueur minable, Johnny Farrel, menacé par des mauvais perdants, est secouru par Mundson, qui l’engage pour gérer son casino. Johnny retrouve Gilda, son ancienne fiancée et épouse de Mundson. Jalousies, provocations, faux-semblants, crimes…

Un des grands classiques du film noir, qui connut un succès colossal à sa sortie, et qu’il faut évidemment avoir vu ! Même si ce n’est pas le cas, on connaît néanmoins la fameuse séquence où Rita Hayworth chante Put the Blame on Mame en retirant langoureusement ses longs gants noirs, striptease le plus célèbre de l’histoire du cinéma, sommet de l’érotisme lié au stéréotype de la femme fatale. Le scénario est complexe, multipliant les pistes possibles et, du début à la fin, le spectateur est pris dans une atmosphère instable et envoûtante, construite non seulement par le décor de l’intrigue, mais surtout par l’usage parfait du noir et blanc, capable de magnifier l’ombre comme les éclats sensuels de la peau. Les personnages sont tous ambivalents, fréquentant le mal et rêvant du bonheur, combattant leur sensibilité par le cynisme, ou l’inverse. Voilà vraiment une œuvre emblématique de ce genre si fécond dans les années 1930 à 1950. Hayworth (Rita Cansino, origine espagnole) était venue au cinéma par la danse, avait connu la célébrité grâce aux soldats l’admirant (« Sex-symbol », « pin-up » la plus célèbre en 40-44, elle fut même l’effigie de la bombe atomique baptisée Gilda!). Gilda est son plus grand rôle avec celui qu’elle tiendra l’année suivante dans La Dame de Shangai d’Orson Welles. Glenn Ford (Farrel) est lui aussi au plus haut niveau ici.

L’édition restaurée est accompagnée d’un court mais intéressant supplément accueillant les commentaires des réalisateurs Martin Scorsese et Baz Luhrmann.