Hit The Road (Jaddeh Khaki), Panah Panahi (Iran, 2021 / août 2022, Pyramide Vidéo)

Une famille iranienne, à savoir Khosro, son épouse et leurs deux enfants, se dirigent en voiture vers une destination inconnue. Le père a un bras dans le plâtre, le plus jeune est insupportable et la mère doit lui cacher son téléphone portable sous une pierre lors d’un arrêt. Ils renversent un cycliste qu’ils embarquent pour quelques kilomètres, recueillent un chien, font une halte prévue pour acheter un mouton, dont la peau servira à cacher le grand fils qui va émigrer…

Voilà un film qui reprend beaucoup de motifs du cinéma iranien que nous connaissons et, en même temps, apporte un air de fraîcheur et de novation bienvenu. Digne fils de son père Jafar (qui vient d’être libéré sous caution des geôles gouvernementales, le 3 février), Panah Panahi reprend la figure du « road movie », la voiture semblant décidément, pour des raisons évidentes, le domicile et lieu d’expression favori de beaucoup d’Iraniens, cinéastes en particulier. Disciple aussi de Kiarostami, il donne à l’enfant un rôle majeur de trublion révélateur qui permet de revisiter le réel grâce à son regard et son comportement naïvement irrespectueux. Mais ici, pas de poésie liée à cette attitude et à une certaine mélancolie. On assiste plutôt à des aventures picaresques vécues par des personnages à la forte personnalité, souvent imprévisibles ou mystérieux, sur un rythme visuel assimilable au jazz en musique, entre contemplation des scènes en plans séquences et frénésie d’une jeunesse impatiente ou angoisse de personnages confrontés à des paysages et des enjeux trop grands pour eux. Une façon assez humoristique, presque burlesque parfois, « à l’italienne » si l’on se réfère à l’âge d’or des grandes comédies venues de cette péninsule, de traiter de graves sujets politiques ou sociaux.