La sortie de ce film a suscité bien des débats dont, comme ils n’avaient rien à voir avec le cinéma, nous nous abstiendrons de parler ici. Il vaut mieux rappeler que le premier film sur le sujet, intitulé L’Affaire Dreyfus, date de 1899, qu’il a été réalisé parGeorges Méliès… et a été censuré. La censure interdira aussi pendant 15 ans une Vie d’Émile Zola réalisée à Hollywood par William Dieterle en 1937. Il n’y aura donc eu depuis en France qu’un film d’archives : Dreyfus ou l’Intolérable Vérité (Jean A. Chérasse, 1975). Il y aura eu au total 3 films de fiction à l’étranger, basés sur des ouvrages historiques : en 1930 Dreyfus (Richard Oswald, Allemagne), en 1931 Dreyfus (The Dreyfus Case, F.W. Kraemer et Milton Rosmer, Angleterre), en 1957 L’Affaire Dreyfus (I Accuse, Jose Ferrer, USA).
Il était donc temps que l’on y revienne en France. C’est encore sur un roman que s’appuie le film signé par Roman Polanski. Robert Harris, son auteur, a collaboré au scénario. Le propos est centré sur le rôle qu’a joué le commandant Picquart. Promu chef du Deuxième Bureau, il avait découvert la manipulation destinée à accuser Dreyfus mais n’avait pu dans un premier temps vaincre la mauvaise foi de la hiérarchie militaire. C’est donc au premier chef à l’institution militaire que s’en prend le film. C’est encore d’elle qu’il s’agit dans la dernière scène où l’on voir Dreyfus, réhabilité et réintégré, reprocher à Picquart de ne pas avoir favorisé son avancement. Le scénariste et le cinéaste auraient pu brosser un tableau plus complet de la société et du pouvoir politique mais ils n’oublient pas – on ne peut faire à moins – de dénoncer l’antisémitisme et mettre en exergue le rôle d’Émile Zola. D’où le titre. Ils ont donc réalisé là un film fort utile, à voir.

