Peter Bogdanovich est dans les années 60 un jeune critique de cinéma admirateur des grands classiques hollywoodiens. Comme beaucoup de ses collègues français de l’époque, il passe rapidement à la réalisation. À 32 ans, il connaît le succès avec ce film, son troisième, multi-récompensé. Il s’agit d’une chronique sur la vie dans une bourgade perdue du Texas, Anarene, en 1951. On suit plus particulièrement deux garçons de dix-sept ans, Sonny et Duane, protégés de Sam « the Lion », le propriétaire du cinéma, du bar et de la salle de billard. Tous les jeunes gens, filles et garçons, impatients de perdre leur virginité, ne savent s’ils veulent rester ou partir, se marier ou vivre l’aventure. Sonny part à l’armée, c’est la guerre de Corée (le film est tourné en pleine guerre du Vietnam) et d’autres événements bouleversant les individus viennent griffer la grisaille entêtante, jusqu’à la dernière séance du cinéma…C’est un des plus beaux films sur la mélancolie d’un monde qui s’éteint de lui-même, d’une génération qui se cherche et peine à se situer dans le monde qui vient, sur le mal de vivre d’un pays. Des personnages attachants et vrais, une atmosphère envoûtante, crépuscule d’une époque et d’un certain cinéma, aube d’une nouvelle époque fort incertaine Cette œuvre annonce brillamment, avec Easy Rider de Dennis Hopper (1969), nombre de grands films des années 70 qui peindront le désarroi des individus dans une Amérique désenchantée comme ceux de Lucas, Cimino, ou de Scorsese qui débute au même moment.

