Jane Austen a gâché ma vie, Laura Piani (France, janvier 2025/juin 2025, Blaq Out).

Agathe tient la Librairie Shakespeare et compagnie à Paris, avec son ami Félix. Vivant avec sa sœur et son neveu depuis l’accident mortel de leurs parents, elle semble vouée au célibat. Refusant ce destin tout tracé, elle rêve non seulement d’une histoire d’amour digne des romans de Jane Austen, mais aussi de devenir écrivaine Or, si elle bénéficie d’une imagination débordante, elle a une sexualité inexistante. Sa vie n’est jamais à la hauteur de ce que lui a promis la littérature. Félix la fait inviter à la Résidence Jane Austen en Angleterre, à qui il a envoyé le début d’un roman d’Agathe. Elle est très bien accueillie dans cette résidence d’auteur et finit par sympathiser avec Oliver, le fils des propriétaires. Mais l’écriture résiste plus que le cœur à l’emballement et Agathe a bien du mal à affronter ses peurs et ses doutes …

Le scénario très classique fondé sur des allers-retours sentimentaux et un triangle amoureux est, me semble-t-il, à prendre au second degré, puisqu’il renvoie, hommage teinté d’humour (on rit et sourit souvent), au schéma des romans de la romancière anglaise. S’y ajoute bien sûr une réflexion amusée sur les rapports entre vie personnelle et création littéraire, la seconde ne pouvant ici, contrairement à ce qui est souvent pensé, servir de substitut ou de remède aux insuffisances de l’individu. Ici, l’écriture ne peut se faire que si on laisse la vie entrer en soi plutôt que de se construire une vie selon des a priori littéraires. Anti-bovarysme ? Tout cela est abordé ou suggéré avec légèreté, qualité que l’on retrouve dans le jeu sincère d’excellents acteurs, Camille Rutherford (cf. Anatomie d’une chute), Pablo Pauly, Charlie Anson, et dans la réalisation précise et fort bien rythmée de Laura Piani, également scénariste.

En supplément, un entretien avec la réalisatrice et un court métrage de la même.