Ethan (John Wayne), de retour en 1868 de l’armée confédérée de la guerre civile, arrive à la ferme de son frère au Texas. Il part avec le révérend-ranger (!) en expédition contre des Comanches menaçant les troupeaux, mais pendant ce temps un détachement de la tribu incendie la maison, tue ses habitants. Les filles Lucy, 17 ans, et Debbie, 11 ans, sont enlevées. Accompagné de la troupe de rangers, il part à leur recherche. Ils trouvent le cadavre de l’aînée. La troupe renonce, mais Ethan, accompagné de Martin, fils adoptif de la famille, décide de délivrer Debbie. La quête durera cinq ans, avant qu’ils ne retrouvent la dorénavant jeune fille, compagne du fils du chef.…
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Ethan n’est pas le héros classique dont on vanterait les exploits. Il est certes très expérimenté, efficace dans le maniement des armes et pour évoluer dans un environnement difficile, fin connaisseur des mœurs indiennes, mais il est mû par un racisme facteur d’aveuglement et de haine. Sa quête obstinée tient plus de l’expédition vengeresse, de l’affirmation d’un ego dévasté par la défaite sudiste et la frustration d’un amour que l’on devine refoulé. Tout cela, Ford ne nous l’assène pas et ne le dénonce pas par un discours surplombant. Il se contente de nous montrer les corps en mouvements et conflits, il est fondamentalement quelqu’un qui « filme comme l’on parle », quelqu’un dont l’expression va de soi. Il suffit de revoir toute la première séquence de ce chef-d’œuvre pour se rappeler ce qu’est un grand cinéaste : Ethan arrive au loin jusqu’au cadre de la porte, puis toute la famille se rassemble dans la maison rejointe bientôt par les rangers qui font irruption. Comment Ford fait vivre tout cela dans cet espace réduit, sans effet de style, sans montage dispersé, au contraire harmonisant riches dialogues, mouvements des personnages et de la caméra, cela révèle un sens du théâtre accompagné d’une maîtrise du cadre et des lignes de force qui organisent la dramaturgie ! L’évidence ! Et toutes ces qualités se déploient au long de ce film qui, par surcroît, dans un Texas complètement irréaliste (c’est tourné dans la Monument Valley, en Utah-Arizona !), propose des images d’une réelle beauté picturale créant une singulière lumière ocre, crépusculaire même en plein jour.
Une douzaine de films suivront dans les dix ans de création qui restent au réalisateur, dont certains majeurs, souvent empreints de cette vision plus sombre. Vision qui sera vraiment accentuée dans les westerns de la génération suivante, en particulier Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah

