Coffret contenant un Blu-ray et un DVD de bonus très riches.
Trois jours de la vie de Jeanne Dielman (la grande Delphine Seyrig), veuve depuis sept ans et mère d’un lycéen. Elle accomplit chaque jour des tâches identiques, pas seulement ménagères puisque chaque après-midi elle reçoit un « client ». Dès le deuxième jour, de menus ratés viennent contrarier le rituel…
Le classement dont le film est vainqueur n’a qu’une valeur anecdotique et pittoresque, sans grande signification, sinon comme témoignage d’un état de la critique cinématographique. Mais qu’à l’inverse cette distinction ne rebute pas les cinéphiles qui se méfient avec raison des effets de mode : nous avons affaire à un très grand film. Le titre a l’objectivité froide d’une fiche de police, et c’est bien ainsi que la réalisatrice filme ces trois jours parcourus en deux cents minutes (oui, 3h20 !) dans un petit appartement et quelques lieux extérieurs : que des plans fixes, que des sons diégétiques, pas de musique, c’est une observation quasiment en temps réel, certaines activités étant filmées du début à la fin (un fameux épluchage de pommes de terre). Une épreuve assommante pour le spectateur, un ennui profond ? Pas du tout, c’est passionnant ! La répétition nous convie à la familiarité, mais, la simplicité de l’action et du filmage régnant en maître, la moindre variation de l’une ou de l’autre prend une signification énorme. Le spectateur est convié à une attention inédite au cinéma, jusqu’à être captivé, fasciné même. Et tout cela devant un film qui n’a rien d’une provocation formelle car il expose une détresse humaine, d’un point de vue sociologique comme métaphysique. Expérience limite, certes, mais inestimable, que cette fable hyperréaliste sur la condition féminine et la société contemporaine. C’était le second long métrage de fiction de Chantal Akerman (1950-2015), réalisé à 25 ans.

