Une histoire vraie (The Straight Story), David Lynch (USA, 1999/Studiocanal, février 2025).

Le titre français ne rend pas compte de la polysémie du titre original qui dit déjà beaucoup des intentions du cinéaste, de ses partis-pris et de la tonalité générale du film. « Straight » c’est en effet « vrai », mais avec souvent un sous-entendu de netteté, sinon de pureté. Mais c’est aussi « tout droit », comme le trajet que l’on suivra, comme nombre de routes états-uniennes. C’est enfin le nom du principal protagoniste. Alvin Straight, 73 ans, décide de quitter Laurens, village du nord de l’Iowa, pour retrouver son frère aîné victime d’une attaque cardiaque avec qui il est fâché depuis dix ans. Malgré son état de santé médiocre et après avoir réfléchi à leur différend, Alvin (Richard Farnsworth) décide d’aller voir Lyle (Harry Dean Stanton, lui-même voyageur erratique du Paris, Texas de Wim Wenders, 1984) à Mont Zion dans le Wisconsin, et entreprend un voyage de presque six-cents kilomètres… sur son tracteur tondeuse à gazon !

C’est dire qu’on est aux antipodes des frénésies précédentes. Ici, c’est plutôt l’éloge de la lenteur sur des routes surtout campagnardes, un trajet coincé entre une Lost Highway (1997) semée de mystères et une artère hollywoodienne où temporalité et réalité s’effritent au gré des subjectivités, (Mulholland Drive, 2001). Simplicité du projet, une simple évidence pour un Alvin tout à fait déterminé, malgré le scepticisme, pour le moins, l’inquiétude, surtout, de ses proches. On peut considérer bien sûr qu’il s’agit pour Alvin de boucler son existence par un voyage résolument solitaire, rédempteur, réconciliateur, apaisant. Certes. Mais jamais une quelconque lecture métaphysique, ontologique a fortiori, n’est soulignée. Le récit est « straight », transparent à son objet, même si le regard de Lynch, via le montage et la direction d’acteurs, est toujours présent. Alvin part d’une zone pavillonnaire aux jardins tirés au cordeau, aux maisons nettes et parfaitement entretenues pour (re ?) découvrir au long de son périple que la vie est faite d’imprévus chargés d’humanité, souvent drôles sinon loufoques. Des rencontres, avant tout, des conversations qui permettent au voyageur d’égrener ses souvenirs, comme Kowalski revoyant des épisodes de son existence. Et bien sûr les moments cruciaux où il s’agit de vaincre l’adversité mécanique ! Un film apaisé et profondément philosophique, non dans le « message », mais dans le traitement. Un film qui conte « une mince histoire », mais nous passionne.

NB : on trouve aussi ce film dans un coffret regroupant quatre films du cinéaste, sorti en 2024 (versions restaurées, Studiocanal).