Ida Lupino, Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker), 1953

Deux amis en virée extra-conjugale ayant comme objectif une bonne partie de pêche, recueillent un auto-stoppeur (titre original). Celui-ci les menace d’une arme, les prend en otages pour organiser sa fuite vers le Mexique. Cet homme est effrayant, non seulement parce qu’il est armé, raison déjà suffisante, mais que son physique peu amène se double d’une particularité : il dort avec un œil ouvert ! La fuite, a fortiori la maîtrise de l’individu, semblent impossibles…

Ce qui semblait vraiment impossible, inconcevable, dans ces années 50, c’est qu’une femme se permette de réaliser un film noir, plus précisément et en bon français, un thrilller. Or c’est une totale réussite dans le film de genre. Et pas si différent des autres films de Lupino, sinon qu’il accentue leurs tendances. Les deux otages sont deux hommes médiocres, au moins banals, incapables d’exploits héroïques pour s’en sortir. Le montre une série de faiblesses qui révèlent son humanité. Situé quasi exclusivement dans des zones désertiques dépourvues de tout détail pittoresque, ce « road movie » angoissant ne peut donc s’attacher qu’aux protagonistes, définis non par ce qu’ils disent mais par ce qu’ils font ou montrent. Si psychologie il y a, elle ne peut que se déduire de l’action et des comportements. Quant au scénario, il décrit une traversée du malheur dont les personnages, malgré leurs renoncements ou découragements, devront se sortir. Autant de caractéristiques qui se retrouvent dans les cinq autres œuvres de notre réalisatrice, avec beaucoup de nuances et moins de noirceur.

Après Détour, le chef-d’œuvre d’Edgard G. Ulmer (1945), voilà le deuxième grand film d’autostop de l’histoire du cinéma !