Voilà un cinéaste que je ne connaissais pas, très productif, apparemment très inventif et peu soucieux des convenances, « différent ». Renseignements pris, Philippe Vallois, né en 1948, a réalisé de très nombreux documentaires, pour la télévision ou Gaumont, et de nombreux longs métrages. Si la plupart de ces derniers ont eu une diffusion limitée, beaucoup sortant en vidéo, ceux qui sont sortis en salle ou en festival ont connu pour certains un réel succès, tels Johan (1976), Nous étions un seul homme (1980) ou Haltéroflic (1984). Le premier, sous-titré Carnet intime homosexuel, considéré comme le premier long métrage gay français, a été sélectionné dans une section du festival de Cannes 1976. Ces trois-là, comme beaucoup d’autres de la filmographie du cinéaste, ont pour sujet profond les relations amoureuses entre hommes, sexuelles et sentimentales. On peut, grâce toujours aux éditions EO Collection Images, découvrir deux autres livres de Vallois ou sur lui, accompagnés de trois de ses films, Les Phalènes (1975), Nous étions un seul homme et Sexus Dei (2006).
Ma Cinéthérapie est une sorte de journal sur dix ans, rendant compte de faits, anecdotes, sentiments intimes. L’écriture en est familière, proche de la conversation, au service des épisodes contés. Trois axes nous intéressent : d’abord et surtout, le sida, que l’auteur contracte en 1987 et qui sera fatal à son compagnon Jean, son grand amour, les thérapies suivies avec en particulier le professeur Jean-Marie Andrieu, cancérologue, dissident médical ; ce sont les progressions et régressions de la maladie qui rythment au fond le récit. Puis les aventures, sexuelles surtout, éphémères ou durables, errances, escapades, entre survies, bonheurs et drames, petits boulots et grands projets. Enfin, le cinéma, comme expression de soi, témoignage et mise à distance du vécu, grâce en particulier aux nouveaux matériels et techniques guère plus encombrants qu’un stylo. Le personnage connaît la bohème, mais celle du Paris assez « branché », dont il peut s’échapper aussi en rejoignant sa campagne, ou en suivant sa caméra, toujours avec lui, qui le mène du Liban en Crète, du Japon en Italie et lui permet de belles rencontres.
Le film Dissidence est en même temps le compte-rendu des entretiens avec le professeur Andrieu qu’il a pu filmer, complété par des archives d’actualité, et un tombeau à Jean disparu en novembre 1992. Le confinement de 2020 a permis à Vallois de reprendre, d’une part, les vidéos de conversations à l’hôpital Laennec et, d’autre part, les scènes de vie avec Jean et après lui, des voyages, des rencontres. Le tout est lié par des échos assez subtils et par une voix off qui, sans être incantatoire, dépasse néanmoins le seul constat du souvenir. L’ensemble est donc un journal filmé à la première personne où l’on retrouve les épisodes du livre. Les entretiens provoquent une riche réflexion sur l’éthique de la recherche médicale, sur les rapports entre le médecin et le patient, et donnent des informations sur cette période de lutte contre le sida, sur les soins proposés par Andrieu qui sortent de la stricte légalité, sur les efforts personnels et collectifs pour s’en sortir. Le tout est, contrairement à ce qu’on pourrait penser, un hymne à la vie et à l’amour : « Quand on est gynécologue, on n’est pas thanatologue ! » (Andrieu), autant qu’une démonstration des pouvoirs du cinéma.

