Ridley Scott a dû penser à ce film quand il a conçu Thelma et Louise. En effet nous voici embarqués avec Kowalski, un ancien de la guerre du Vietnam, dans une Dodge Challenger, qui s’est lancé le défi de rallier Denver à San Francisco, quatre états, deux mille km environ, en quinze heures ! Folle équipée qui lui vaut évidemment la poursuite de toutes les polices pour excès de vitesse. Pendant cette folle équipée, il revoit des moments de sa vie émaillés d’incidents, comme cascadeur (il créera d’ailleurs quelques carambolages), son renvoi de la police pour avoir empêché un supérieur d’abuser d’une jeune droguée. Plein d’audace et virtuose du volant, il déjoue les pièges de la police, d’autant plus qu’il est suivi par le speaker enthousiaste d’une radio du Nevada, un afro-américain aveugle qui intercepte la fréquence de la police et encourage Kowalski qu’il considère comme « le dernier héros américain ». La Dodge arrive en Californie…
C’est bien sûr d’une course pour la liberté qu’il s’agit, d’une échappée hors d’une société fondée sur des interdits et l’intolérance, hors d’un passé jalonné de meurtrissures. Là aussi, mais plus encore que chez Scott, on est dans un projet très abstrait, conceptuel pour le moins : un trajet sans raison autre que mentale, un but à atteindre, une vie. On se prend au jeu inconcevable du pilote, l’entreprise devenant une aventure « seul contre tous », une affirmation de la liberté individuelle, donc, dont certes on peut discuter les fondements et les conséquences, mais qui matérialise en trajet héroïque les aspirations que chacun d’entre nous peut ressentir sans les réaliser. « Contre tous », pas vraiment car, à l’instar du « Mohican », Kowalski bénéficie d’un engouement public que le reportage frénétique de l’animateur radio provoque et amplifie, engouement qui gagne le spectateur. La conduite dangereuse, les carambolages, dérapages, détours dangereux contaminent, avec une efficacité remarquable, le filmage et le montage, dont le tempo suit le compteur de vitesse de la Dodge et les nombreuses syncopes de l’adversité. Ce défi initial et irresponsable devient nettement le délégué symbolique de toute une population, et une façon de balayer les malheurs par l’affirmation d’une volonté.
NB : en bonus deux courts documentaires, sur le film et sur l’héroïne, la Dodge Challenger.

