L’institutrice qui donne son titre au film est nommée dans un village perdu d’Auvergne en cette année 1889, alors qu’il faut que partout s’installe l’École laïque, gratuite et obligatoire. Rien n’existe pour la recevoir, sinon une étable (!) que le maire lui aménage grossièrement pour qu’elle y enseigne. Au début, l’hostilité est grande envers cette femme qui va priver les familles d’une main-d’œuvre essentielle. Parmi les villageois pour le moins rétifs, on distingue, hormis le maire, Rémi, « le raté » du village dont le fils s’enfuit avec la fille de Thermidor, le facteur, lequel se permet de lire le courrier avant de le distribuer. L’accueil et la fréquentation deviennent meilleurs après un événement heureux. Le maire s’attache de plus en plus à l’institutrice, organise la construction de l’école, mais Thermidor fait savoir que Louise et une « partageuse », une ex-communarde, déportée puis graciée…
Certes, le scénario est assez convenu, comme les situations et les personnages : le rejet devient amour, comme dans la comédie américaine classique, un individu progressiste doit affronter une collectivité rigide, celle-ci contient quelques bonnes âmes et un marginal finalement pas si en marge… Mais le tout est traité avec délicatesse, avec une reconstitution de bon aloi des décors et costumes, et une grande maîtrise de la mise en scène, toujours juste dans ses cadrages, son rythme, sa direction d’acteurs (Alexandra Lamy et Grégory Gadebois en tête). À preuve ce très bon moment où Louise (un prénom à la claire référence, bien sûr) raconte au curé son histoire : un plan fixe, elle face à la caméra, lui derrière elle, comme mis dans l’ombre par l’évocation ; un cadrage et une organisation de l’espace qui appuient la force du monologue. Cette période « héroïque » de l’édification du grand projet d’École républicaine mérite bien que le cinéma la célèbre.

