Quand passent les cigognes (Letyat Zhuravly), Mikhail Kalatozov (URSS, 1958 / oct. 2020, Potemkine).

Moscou, 1941. La guerre est déclarée. Boris part, laissant sa fiancée Veronika. La maison de celle-ci est bombardée, ses parents succombent. Elle vit alors chez les parents de Boris et Mark, le frère, la courtise puis l’épouse. Accablée de remords, elle attend toujours. Mais nous avons assisté à la mort du jeune soldat… Encore un mélodrame, mais loin des classiques du genre. En effet, en grand esthète soucieux d’utiliser toutes les ressources techniques du septième art à sa disposition, Kalatozov s’applique et parvient à transcrire par l’image et le son des atmosphères et des sentiments. Les plans au grand-angle, les travellings interminables suivant l’héroïne fendant la foule, tels cadrages obliques, telles lumières fortement contrastées, ne sont pas, comme on pourrait le craindre, des coquetteries esthétisantes d’un cinéaste heureux de son joujou, mais des choix artistiques parfaitement en accord, quand ils interviennent, avec le propos. Il s’agit véritablement d’un chant visuel, le son et l’image s’harmonisant en une tonalité tragique. Le résultat est splendide et particulièrement émouvant, comme le personnage central. On pourra découvrir du même cinéaste soviétique Soy Cuba (1964), une fresque étonnante encore plus osée formellement, sur la révolution castriste et les débuts du nouveau régime (Potemkine éd. En nov. 2020).