Sammy Fabelmans est le fils de Burt, scientifique informaticien passionné et de Mitzi, femme au foyer qui abandonna une prometteuse carrière de pianiste, et le frère de deux filles. Tout gamin, en 1952, il découvre le cinéma avec Sous le plus grand chapiteau du monde, de Cecil B. DeMille. La fête d’Hannukah est l’occasion de lui offrir une caméra. C’est le début d’une passion dont il fera son métier, le film se terminant à son début dans les studios, à dix-huit ans.
Le récit est évidemment autobiographique, peinture d’une famille avec ses conflits, ses joies, ses aléas, ses élans et ses doutes, portrait d’un jeune cinéaste en herbe très inventif dès l’abord, qui découvre la puissance de l’art qu’il va servir, jusque dans ses rapports avec ses parents et ses rapports au réel caché derrière les apparences. Comme dans toute son œuvre, Spielberg célèbre le noyau familial, ici avec une tendresse qui va parfois jusqu’à une ironie bien venue. Mais, surtout, il peint trois figures de l’engagement face à l’exigence artistique, celle de la mère, celle de l’oncle Boris, celle de Sammy. Le père, rationaliste fervent, vient en contraste, mais est aussi important dans la destinée de son fils. Les personnages, bien sûr attachants par leur fragilité et leur enthousiasme souvent douché par l’adversité, sont incarnés et filmés avec justesse et profondeur. Chaque plan nous semble le seul possible, tellement le cadre est juste, tellement la distance aux choses et gens est pertinente, en même temps pudique et attentive à la fois : The Fabelmans est aussi un chef-d’œuvre au sens artisanal, au sens du compagnonnage. Chez le spectateur, surtout s’il est cinéphile, rires et sourires se mêlent aux larmes de l’émotion et de la complicité, jusqu’à la dernière séquence, anthologique. Voilà une déclaration d’amour au cinéma qu’on est heureux de partager !

