Miss Oyu (1951) / Les Contes de la lune vague après la pluie (1953) / Les Musiciens de Gion (1953) / L’Intendant Sansho (1954) / Une femme dont on parle (1954) / Les Amants crucifiés (1954) / L’Impératrice Yang Kwei-Fei (1955) / La Rue de la honte (1956) + livret de 128 pages.
Ce coffret est un grand bonheur. Voilà autant de films qu’on ne pouvait plus voir, et rarement, que dans des copies en mauvais état. Enfin restaurés, sont réunis dans le coffret huit des dix derniers de ce grand maître. L’investissement financier est assez lourd, mais à la hauteur de la qualité, esthétique comme technique. Et c’est un beau cadeau à (se faire) offrir, sachant de plus qu’on peut se procurer chaque DVD séparément. Pas question évidemment de traiter ici de chaque œuvre en détail, mais de donner quelques indications d’ensemble. Le visionnage des huit films en succession permet—et c’est passionnant—de se familiariser progressivement et profondément avec l’univers artistique et thématique d’une des figures du panthéon cinématographique. Connu comme « le cinéaste du plan séquence » (« one scene, one cut », disent les Américains), Mizoguchi frappe surtout par l’évidence de sa mise en scène, appuyée sur le travail de remarquables chefs-opérateurs. Peu de cinéastes savent ainsi révéler la personnalité, les pensées, même, des personnages, tout en les incluant continûment dans leur milieu, le décor jouant dialectiquement avec les acteurs. Il est aussi le cinéaste de la condition féminine, créant quelques-unes des plus belles héroïnes de l’histoire du cinéma. Du mélodrame (Miss Oyu) à la pure tragédie (L’Intendant Sancho, une descente aux enfers, ou le sublime Yang Kwei-Fei, sorte de Bérénice en Chine), c’est toujours le sacrifice féminin, dans une société hostile et rigide fondée sur la domination et l’hypocrisie et qui empêche l’épanouissement de l’individu et de l’amour, ce quelle que soit l’époque. Mais jamais résignées, survivant souvent grâce à une solidarité féminine salvatrice, ces épouses, amantes, courtisanes ou prostituées montrent une force etune beauté intérieure qui les hissent bien au-delà des conditions qui les enferment, et souvent bravent les interdits. Jusqu’à La Rue de la honte, son dernier chef-d’œuvre, une chronique si vive, si délicate et empathique de l’existence de prostituées à Tokyo, film peut-être le plus engagé de cet artiste, Mizoguchi a su exiger et obtenir de lui-même et de ses collaborateurs le travail menant à cette justesse impressionnante. Un cinéaste de chevet auquel revenir régulièrement quand on se prend à douter des pouvoirs du cinéma…

