Le personnage éponyme est, de nos jours, la sœur de deux garçons et une fille, élevés par leur grand-mère. Ils ont fui au Québec après le massacre des parents en Kabylie (par le FIS ?). Étéocle, l’aîné, est tué lors d’une intervention policière. Polynice, le plus jeune, est arrêté… Portée par Nahama Ricci, une remarquable interprète au regard fascinant propre à montrer la détermination du personnage, cette transposition convainc. Les thèmes abordés sont nombreux (immigration, jeunesse, justice, engagements personnels et familiaux…), mais jamais le film ne tombe dans la démonstration théorique, les différentes questions faisant corps avec l’action, émergeant de situations bien concrètes. Il est, ce me semble, tout à fait louable et justifié d’interroger notre monde avec les outils incomparables du mythe. Loin de réduire celui-ci à l’anecdote, Sophie Deraspe s’en sert pour attiser la réflexion en invitant au recul, au lieu de se contenter d’un constat réaliste.
Alain Vauchelles

